Armurerie

Walairy Roussine prend les armes

Une femme à la tête d’une armurerie ? Rien d’incongru. Surtout quand on découvre la personnalité de Walairy Roussine…elle-même chasseuse. À Saint-Mihiel, elle a repris avec réussite l’enseigne historique Muller.

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Walairy Roussine guide les chasseurs dans son magasin à Saint-Mihiel. Au féminin
Walairy Roussine guide les chasseurs dans son magasin à Saint-Mihiel. Au féminin
Walairy Roussine guide les chasseurs dans son magasin à Saint-Mihiel. Au féminin
Walairy Roussine guide les chasseurs dans son magasin à Saint-Mihiel. Au féminin

Il faut voir Walairy Roussine renseigner un client chasseur en délicatesse avec sa carabine ou son fusil ou l’entendre causer technique au téléphone pour évacuer le doute : la spécialiste des armes dans ce magasin de la place Jacques Bailleux, au centre de Saint-Mihiel, c’est bien ce petit bout de femme de 1m60. Pourtant, tout ne fut pas si simple pour Walairy Roussine, qui a du faire preuve d’une combativité de tous les instants et abattre bien des obstacles – notamment un machisme non dissimulé – pour concrétiser son projet. Cette Bretonne d’origine de 47 ans a suivi un cursus classique jusqu’un DEUG administration économie et social. En scrutant son CV, certains y verront un tracé chaotique, du secteur bancaire à l’agroalimentaire en passant par l’aide sociale et l’ameublement. Walairy Roussine s’en défend : «Au contraire, ce sont vingt ans d’expérience et un savoir-faire dans la gestion, la comptabilité.» Mais ce parcours était devenu trop exigu : «J’en avais assez de travailler toujours plus et ne jamais être la numéro 1 !», dit celle qui claque la porte de son entreprise le 6 mars 2013. Le licenciement est effectif et une question la taraude : que faire maintenant à plus de quarante ans ? Walairy Roussine bénéficie du contrat de sécurisation professionnelle, lequel lui permet d’envisager une création ou une reprise d’activité. Elle a en tête une idée. Fixe, forcément : «C’est mon tempérament. J’avance à petits pas au début puis je fonce dès que je suis sûre. Je suis du genre bouillonnant.», commente la chasseuse – marotte qu’elle a appris à maîtriser et à aimer auprès de son conjoint Mathieu, quelques années en arrière .

La patronne est une chasseuse

De fait, elle connaît bien le tenancier de l’armurerie de Saint-Mihiel, Fred Muller. Animée d’un aplomb certain, elle propose un rachat à celui-ci qui souhaite céder son magasin. La négociation est entérinée en moins de deux heures. Deux personnes jouent un rôle déterminant dans la poursuite de l’aventure : Yann Volant, CSP Pôle Emploi, et Florian Meyer, de l’association Alexis Lorraine. Tous deux y croient mordicus. La suite, ce sont des heures passées à apprendre la méticulosité de la réparation d’armes auprès de Fred Muller, la préparation obstinée puis le passage du diplôme indispensable pour ouvrir une armurerie. Nous sommes à la rentrée 2013. Bagage en poche, Walairy Roussine s’attaque à un autre gros morceau : convaincre un établissement bancaire. Pas une sinécure : «Là, j’ai du surmonter des clichés bien ancrés. Il en a fallu du temps pour enfin convaincre qu’une femme pouvait tout à fait tenir ce type de commerce.» La réponse sera tardivement positive. Plus rien ne peut stopper notre entrepreneuse. En mars 2014, entourée de «son équipe de choc», elle refait entièrement l’agencement de la boutique d’origine, lui conférant une atmosphère boisée de baraque de chasse. Aujourd’hui, Walairy Roussine, arrivée à bon port, est convaincue d’une chose : «Quand on entreprend une démarche similaire à la mienne, c’est beaucoup plus ardu d’être une femme que d’être un homme !» À l’enseigne Armurerie Walairy et Muller, le passionné trouve son bonheur dans un vaste choix. Le pêcheur aussi d’ailleurs. En atelier, derrière son comptoir ou au proche stand de tir, en réparation ou en vente, Walairy Roussine ne se dépare jamais de deux mots dans un métier qui ne s’improvise pas et demande de connaître la législation sur le bout des ongles : la proximité et l’information. Elle ne nous quittera pas sans avoir précisé : «Le dimanche, je ne travaille pas… Je pars chasser.» La passion toujours.