Le malade imaginaire

une oeuvre superbe, d’une profonde modernité !

Michel Didym, connu pour son attachement à un théâtre qui met en avant les écritures contemporaines, se lance dès janvier 2015 dans la mise en scène du chef-d’œuvre absolu de Molière, Le malade imaginaire. Les premières représentations sont prévues du 13 au 24 janvier 2015 au Théâtre de la Manufacture CDN de Nancy-Lorraine, puis la troupe sera en tournée dans toute la France pour 90 représentations du 27 janvier au 6 juin 2015.

Le malade imaginaire, dernière comédie écrite par Molière et représentée pour la première fois au théâtre du Palais-Royal le 10 février 1673, est une comédie-ballet en trois actes qui est aujourd’hui considérée comme la quintessence de son œuvre. Dans cette pièce, écrite par Molière à la fin de sa vie, «il y a comme un accomplissement, l’aboutissement de toute sa dramaturgie», explique Michel Didym, directeur du Théâtre de la Manufacture CDN de Nancy-Lorraine. À travers cette comédie bourgeoise, Molière exige la vérité au sein d’une époque où les faux-semblants ont forte réputation. Ce dernier souhaite ainsi montrer au public la perfidie et la mesquinerie d’un temps dépourvu de toute valeur éthique. Les grands hommes de la bourgeoisie comme Argan, autocentrés sur leurs intérêts personnels, envahis à la fois par la crainte de la mort et l’amour de la vie, deviennent les malheureuses victimes d’une société abandonnée à son triste sort. Argan, homme étonné d’être au monde, voué à la médecine, esclave de son médecin, époux sot et dupe, père injuste et homme dur, égoïste et colérique représente ce «bourgeois malade de sa propre bourgeoisie», précise Michel Didym.

Amplifier la vérité jusqu’à l’absurde

Des failles de cet homme, médecins et seconde femme deviennent les tribuns de la fausseté et du double langage. Profiter de la faiblesse d’un homme qui ne semble plus avoir le contrôle de sa vie pour arriver à ses fins, telle est une des vérités de Molière. Et de cet abandon de tout précepte moral, Molière va s’entourer de sarcasmes en tout genre pour, dans un élan de courage et de lucidité, réduire l’action des médecins à de l’escroquerie de petites mains. Par la satire des médecins et de notre peur de la mort, Molière critique ouvertement la médecine de son époque à travers un langage jargonnesque attribué à ces soi-disant disciples d’Hippocrate et une croyance ingénue au vêtement qui suffit à faire le métier du porteur habillé d’une légitimité absolue. Pour Michel Didym, «le regard sarcastique face à l’incompétence des médecins est d’une grande modernité» et d’ajouter que «ce qui m’intéresse c’est de donner des signes de modernité très précis avec une série d’anachronismes vestimentaires ou sociologico-médicaux». Face à l’hypocondrie d’Argan et à son dévouement aveugle à la médecine, Toinette, la servante de maison, a su saisir toute l’absurdité de la situation pour démasquer le comportement intéressé de sa deuxième femme. Argan faisant le mort, incrédule devant les manigances sournoises de Béline et touché par la profonde tristesse de sa fille Angélique, redevient cet être sensible doué de raison échappant pour un instant au tourbillon démoniaque et cruel de son époque. De son accord à l’union de sa fille avec Cléante, Argan enivré de préjugés élitistes, continue de porter la médecine au firmament des métiers les plus respectables. Dans une pièce où la vérité est maîtresse, la dérision occupe une place de choix pour donner une authenticité et une puissance à la dialectique propre de Molière. La modernité de cette pièce est représentée par la répugnance de Molière pour un monde bourgeois malade de ses névroses les plus extravagantes. Aujourd’hui, que peut-on dire de notre monde contemporain, n’est-il pas malade des mêmes maux ? Le malade imaginaire pourrait nous apporter des réponses étonnantes !