Les secrets douteux des matériaux…

Lithium, indium, gallium… impossible de faire fonctionner : smartphones, voitures ou ampoules basse consommation sans certaines matières premières dont l’exploitation soulève des enjeux lourds. Débat aux «Rencontres du café des techniques».

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L’exploitation de certains matériaux, comme le lithium, entraîne certaines interrogations.
L’exploitation de certains matériaux, comme le lithium, entraîne certaines interrogations.
L’exploitation de certains matériaux, comme le lithium, entraîne certaines interrogations.
L’exploitation de certains matériaux, comme le lithium, entraîne certaines interrogations.

«Vous rentrez à pied ce soir» s’ils viennent à disparaître, prévient François Bersani, ancien secrétaire général du Comité pour les métaux stratégiques (Comes), instance publique créée en 2011. Ce 16 avril, à Paris, aux «Rencontres du café des techniques», organisées par le Musée des arts et métiers et l’Association française pour l’avancement des sciences, c’est sur les enjeux que soulèvent toutes ces matières premières indispensables au fonctionnement de nos outils du quotidien que l’on discute. Exemple avec les terres dites «rares». «Dans la vie quotidienne, ces éléments se retrouvent dans la plupart des composants de la technologie moderne», explique Alain Rollat, responsable du développement industriel chez Solvay, entreprise de chimie, qui dispose de deux usines en France. Exemples d’usages : ces terres sont utilisées dans les voitures, pour les pots catalytiques, ou encore dans les batteries des téléphones portables. Une ampoule basse consommation va en contenir un gramme. Une voiture, environ 10 kg. Plus encore, certains domaines novateurs sont particulièrement gourmands en terres rares : les voitures électriques en comportent jusqu’à 100 kg, et les grosses éoliennes off shore, cinq fois plus. Or, à l’heure actuelle, c’est la Chine qui fournit au monde la quasi-totalité des terres rares rappelle Nathalie Milion, journaliste scientifique et animatrice de la rencontre. Institutions politiques et instances économiques ne manquent pas de s’inquiéter de cette situation. En plus de l’Europe, «les États s’impliquent car les économies nationales sont mises en cause», précise souligne François Bersani. Ainsi, depuis 2011, le Comes réalise une veille sur ces sujets et rassemble les acteurs concernés. Aux entreprises, explique François Bersani , il propose « un outil d’auto-diagnostic sur la vulnérabilité des entreprises, par rapport à ces matériaux. Souvent, elles ignorent ce qu’elles utilisent». Concrètement, il s’agit de mettre en regard la dépendance d’une entreprise à un matériau dans son processus de production, et les risques liés à de possibles incidents d’approvisionnement. Dans l’exemple des terres rares, «elles ne sont pas faciles à remplacer. Elles posent une question économique entre l’importance du métal et les risques liés à l’approvisionnement», renchérit Jean-Pierre Chevalier, professeur au Cnam (Conservatoire national des arts et métiers), titulaire de la chaire des matériaux industriels.

Enfer dantesque à l’autre bout de la planète

Toutefois, depuis quelques années, les entreprises «ont entrepris des actions vigoureuses pour trouver d’autres gisements, faire des économies de matières, ou des efforts de substitution (…) On récupère et on recycle plus qu’avant», souligne François Bersani. Certains groupes se sont tournés vers cette activité, à l’image de Solvay, qui s’est lancé dans le recyclage des terres rares. Toutefois, «il demeure une réelle complexité du marché, avec le fameux monopole chinois. Aujourd’hui, il n’existe pas d’alternative qui permet vraiment de répondre à la demande annoncée, qui devrait tripler en cinq ans», estime Gregory Brisset, représentant de MTL Index, courtier en métaux. À la base, rappelle Jean-Pierre Chevalier, «quand les Chinois ont voulu produire des terres rares, ici on était très content et on a fermé nos mines». En effet, en Europe, la question n’est pas celle de la présence de ces matériaux, mais de leur exploitation… «En France, nous avons des gisements mais nous en avons arrêté l’exploitation, il y a une vingtaine d’années, car elle n’était plus rentable», ajoute François Bersani. En cause : les coûts économiques mais également environnementaux de l’extraction. Aujourd’hui, le vent pourrait tourner. Alain Rollat évoque ainsi un projet de réouverture d’une mine dans le sud de la Suède, qui pourrait se dérouler d’ici une petite dizaine d’années. La Suède trouvera-t-elle des moyens acceptables et viables pour l’extraction ? Pour l’instant, les déchets sont exportés à l’autre bout du monde : dans les mines de la République démocratique du Congo, le tantale, matériau indispensable pour les smartphones, est exploité dans des conditions de travail dantesques. En particulier, chaque mois, cinq mineurs, en moyenne, meurent ensevelis vivants sous des éboulements, a montré l’enquête de novembre 2014 de Cash investigation, sur France 2.