Les frères Hervé gardiens de tradition

Depuis presque cent ans, une tradition familiale nancéienne fait perdurer l’art du beau dans la création et la restauration de vitraux. Jean-François et Jean-Luc Hervé ouvrent les portes de leur atelier à nul autre pareil. Voyage en authenticité.

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L’Atelier Bassinot empreint de l’esprit École de Nancy.
L’Atelier Bassinot empreint de l’esprit École de Nancy.
L’Atelier Bassinot empreint de l’esprit École de Nancy.
L’Atelier Bassinot empreint de l’esprit École de Nancy.

Le visiteur trouvera une certaine logique à l’emplacement des lieux gardés par Jean-François et Jean-Luc Hervé. Rue des Cristalleries, à deux pas du pavillon Daum. Les deux frères veillent avec une exigence et une méticulosité de tous les instants sur un pan de la renommée de la cité des Ducs : celui de l’Art Nouveau. Reculons les aiguilles de l’horloge du temps de presque 100 ans pour nous transporter en 1925, au cTmur du Nancy des années folles. Georges Bassinot, élève de Victor Prouvé, ouvre un atelier de restauration et de création de vitraux. En 1953, son fils, Jacques, prend sa suite. Avec le même amour d’un travail s’apparentant à un véritable art. La Maison Bassinot est devenue une référence incontournable dans son prestigieux domaine. Au début des seventies, Jacques Bassinot forme ses deux cousins, Jean-François et Jean-Luc Hervé. Quand en 1988, il prend sa retraite, ils lui succèdent bien naturellement. Aujourd’hui, l’esprit de l’atelier n’a pas dérogé à son essence originelle. Il y a là quelque chose de précieux et de rare. Un charme indéfinissable. De concert, les deux cousins notent : «Si les moyens technologiques modernes comme Internet nous permettent de répondre plus rapidement aux demandes des clients, nos techniques et nos gestes n’ont guère changé.» Leur décorum quotidien ce sont ces grands supports de bois sur lesquels repose une panoplie d’outils paraissant appartenir à une autre époque. On devine aisément la précision du labeur dans l’esquisse, le tracé, la découpe, les finitions.

Des créations contemporaines aussi

Autour d’eux, des vitraux marqués du sceau de la pureté. Jean-Luc Hervé renseigne sur les demandeurs : «Des collectivités comme des mairies mais aussi des particuliers. Nous intervenons dans des églises (250 vitraux restaurés à ce jour), logements, demeures classées, auprès d’assurances, d’agences immobilières.» Son cousin ajoute : «Nous oeuvrons avec toute une chaîne d’artisans locaux tels des menuisiers, des métalliers, des peintres, des serruriers et encore des architectes et décorateurs.» Perpétuant l’excellence de trois générations de Maîtres Verriers, ils ont bien sûr préservé le nom originel : Atelier Bassinot. Dans leur spécificité Art Nouveau, ils s’escriment sur des pièces stylées Gruber, Gauviller, Koenig, Lemoine, Janin, Laftte, Bergé… Ce qui leur a valu le Grand Prix Départemental des Métiers d’Art au titre des métiers de la restauration, conservation du patrimoine immobilier en 1994. En novembre dernier, Jean-Luc et Jean-François Hervé ont reçu le prix «coup de coeur» du concours Stars et Métiers, organisé par la chambre de métiers et de l’artisanat de Lorraine et la Banque Populaire Lorraine Alsace Champagne. Les deux cousins évoqueraient des heures la passion qui les anime, militant ardemment pour de nobles valeurs. Ils ont su faire évoluer leur production entre créations estampillées École de Nancy et d’autres plus contemporaines. Si leur désir est grand de transmettre leur savoir-faire, ils n’ouvrent pas comme cela les portes de leur temple d’esthétisme : «Tout ne s’apprend pas à l’école. Ce métier demande de la patience et de l’humilité. Cela manque souvent chez les jeunes que nous accueillons ! Avant de devenir chef d’entreprise, il faut faire ses preuves sur le terrain.» Eux, en tout cas, ont déjà bien défini le profil de celui à qui ils confieront les clés de leur sésame : Gaël, le fils de Jean-François. Le relais artistique et familial sera alors entre de bonnes mains.