Cordonnerie

Régis Ravet une passion de cuir

Depuis bientôt trois décennies, Régis Ravet tient une cordonnerie artisanale au cœur du Nancy historique. Avec ses deux fils, Mathieu et Paul, il perpétue la tradition d’un métier aux valeurs authentiques.  À deux pas de la basilique Saint-Epvre, au cœur de ce quartier animé et coquet de la vieille ville de Nancy, la porte d’une […]

Régis, Mathieu et Paul Ravet dans leur atelier nancéien.
Régis, Mathieu et Paul Ravet dans leur atelier nancéien.

Depuis bientôt trois décennies, Régis Ravet tient une cordonnerie artisanale au cœur du Nancy historique. Avec ses deux fils, Mathieu et Paul, il perpétue la tradition d’un métier aux valeurs authentiques. 

À deux pas de la basilique Saint-Epvre, au cœur de ce quartier animé et coquet de la vieille ville de Nancy, la porte d’une échoppe se fait discrète et n’attire pas de prime abord l’œil du passant, touriste ou chaland. Pourtant, ce numéro 10 de la place du Colonel Fabien, recèle une réelle curiosité, donnant accès sur une cordonnerie dans le sens noble du terme. «Pas un marchand de chaussures !» indique avec un brin d’ironie Régis Ravet. Le tenancier du lieu, c’est lui. L’homme est de haute stature, affable et devient volontiers volubile dès qu’il s’agit d’évoquer son quotidien. Il n’y a qu’à sentir l’odeur du cuir ou poser son regard sur les étagères : tout contribue à fermer les yeux pour faire un flash-back à l’époque de nos aïeuls. Pour tout dire, l’endroit dégage un zeste d’intemporalité. Si rassurant et apaisant à l’heure trépidante et virtuelle des réseaux sociaux et de l’hyperconnection à tout va. La rencontre entre Régis Ravet et la cordonnerie n’avait rien d’une évidence. L’intéressé, originaire de Longwy, s’en explique : «Mon oncle tenait une cordonnerie et j’allais lui donner un coup de main après les cours. La petite pièce m’aidait à acheter une mobylette par exemple. Moi, j’étais parti pour faire de la plomberie. Mais, la matière cuir m’intéressait beaucoup.» En ces années 80, il s’installe à Metz. Un cousin, cordonnier également, lui propose de venir travailler avec lui. Régis Ravet devient salarié et s’imprègne des subtilités du métier, apprend à en domestiquer les techniques et surtout à l’aimer. Il le dit et le répète : «On ne peut pas être cordonnier sans en avoir la passion.» Sept ans passés en Moselle avant un nouveau virage : l’opportunité de son existence.

Le précieux geste de la main

Régis Ravet raconte la suite : «Un ami architecte m’a averti qu’une cordonnerie était à racheter près de la basilique Saint-Epvre à Nancy. Que c’était une affaire dans un quartier amené à évoluer. J’ai sauté sur l’occasion.» De la transaction à quelques travaux, nous voici au 1er mai 1988. Jour de l’ouverture officielle. Depuis, une clientèle hétéroclite et intergénérationnelle, particuliers ou professionnels (maroquiniers, chausseurs, entités artistiques et culturelles), a pris l’habitude de venir faire réparer escarpins, souliers, ballerines, bottes, sacs, porte-monnaie, blousons… jusqu’à des sièges pour des cabinets médicaux. Les machines se sont perfectionnées, les matières ont évolué, mais au final, le geste manuel reste, de la couture au collage. La méticulosité et la propension à trouver une solution pour chaque pièce confiée composent un rituel immuable. Régis Ravet ajoute : «Il faut s’adapter aux demandes de la clientèle. Tenez, ces étuis de portables sont très tendance.» La moindre réalisation est faite de cette noble matière qu’est le cuir, venant des rares peausseries subsistant dans le Grand Est. Le gérant s’est trouvé une relève : ses deux fils qui sont à présent ses salariés. Mathieu fréquenta l’École de Condé comme styliste. Paul fut Compagnon du Devoir comme tailleur de pierre. La collaboration entre les trois artisans donne une force supplémentaire à leur dessein commun. Il y a parfois d’heureux hasards dans la vie. Régis Ravet le confirme : «Au départ, je n’avais pas prévu tout cela et puis…». Lui et ses fils continuent de tisser ce lien de proximité, si précieux et propre à l’artisan. Au 10 de la place du Colonel Fabien, le sablier du temps s’égrène doucement. La sérénité est ici le maître mot.

laurent.siatka