Promenons-nous dans les bois…

Les gamins d’avant l’appelaient «le petit bois». Une étendue sylvestre à perte de vue avec son lot de mystères et de merveilles que seule l’enfance peut faire imaginer. Des chemins à l’état naturel où les mûres sauvages et autres cynorhodons affichaient leurs couleurs vives et répandaient leur odeur enchanteresse. Les gamins ont grandi, le petit […]

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Les gamins d’avant l’appelaient «le petit bois». Une étendue sylvestre à perte de vue avec son lot de mystères et de merveilles que seule l’enfance peut faire imaginer. Des chemins à l’état naturel où les mûres sauvages et autres cynorhodons affichaient leurs couleurs vives et répandaient leur odeur enchanteresse. Les gamins ont grandi, le petit bois a été aménagé et malgré les bonnes volontés tout semble avoir été défiguré et spolié de sa splendeur. La main de l’homme a implanté agrès et autres poutres pour satisfaire les sportifs du dimanche, venant en nombre garer leur voiture à l’entrée de ce qui fut jadis le départ d’une aventure pour les nombreux gamins d’avant. La balade en forêt se transforme maintenant en parcours du combattant. Le chemin est devenu une véritable autoroute où se croisent, sans se voir et s’ignorant totalement, des hordes de vététistes, des randonneurs aux bâtons de marche nordique et des joggeurs en leggins fluo qui cherchent en courant à oublier, à se dépasser. Mais vers quoi ? Et dans quel but, avec leur prothèse neuro manuelle de smartphone connecté pour savoir avec leur dernière appli s’ils respirent encore. Les gamins d’avant qui ont vieilli sans oublier l’essentiel ne s’y retrouvent plus dans cette mutation de ce lieu naturel réduit en un terrain de jeu pour périurbains stressés en quête de décompression à tout prix. Évolution, sens de l’histoire et de la modernité galopante que bon nombre d’endroits connaissent aujourd’hui mais qui nous rappellent les bons moments de notre vie dans ces temps où tout s’accélère. Les adeptes du cardio courent à fond croyant vivre pleinement leur existence et passent trop souvent devant l’essentiel dans leurs foulées frénétiques. Dommage pour eux, car se poser et s’imprégner du silence arboré est sans doute la meilleure façon d’avancer. Et ça, les gamins d’avant du «petit bois» l’avaient bien compris.

emmanuel.varrie