Touche pas à mon usine…

Alstom Transport à Belfort, le nouveau Florange ? La question s’est vite posée dès l’annonce, au début du mois, de l’industriel de sa volonté de transférer la production de son site historique vers celui de Reichshoffen dans le Bas-Rhin. 400 salariés sont sur la sellette avec des reclassements annoncés sur le site alsacien à plus […]

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Alstom Transport à Belfort, le nouveau Florange ? La question s’est vite posée dès l’annonce, au début du mois, de l’industriel de sa volonté de transférer la production de son site historique vers celui de Reichshoffen dans le Bas-Rhin. 400 salariés sont sur la sellette avec des reclassements annoncés sur le site alsacien à plus de 200 km, sans parler des sous-traitants et des milliers d’emplois induits. Dure loi du marché évoquée avec en plus un carnet de commandes jugé insuffisant pour l’Hexagone. Actionnaire dans l’affaire avec 20 % des droits de vote pour cette année encore, l’État a les moyens d’influer sur les choix stratégiques mais aucunement de bloquer le transfert d’un site de production à l’autre. Reste à trouver des commandes publiques notamment par l’intermédiaire de l’un de ses principaux clients, la SNCF, pour tenter d’inverser la tendance. Même si cela s’effectuait, cela ne durerait qu’un temps. Le site de Belfort est emblématique, des générations l’ont fait prospérer, mais cela ne pèse en rien dans la décision finale. L’esprit d’entreprise n’a plus sa place depuis longtemps. La défense d’un outil de travail par ses salariés est surtout révélatrice d’un mouvement de fond actuel. La donne a changé, mais cela fait toujours mal quand on prend réellement conscience qu’il y a des femmes et des hommes derrières chaque décision prise. À une tout autre échelle, mais aussi plus proche de nous géographiquement, des salariés du groupe chimiste belge Solvay ont manifesté devant le site historique de Dombasle-sur-Meurthe, installé depuis 1873, s’inquiétant sur sa pérennité et laissant planer un doute quant à l’avenir réel de l’industrie dans l’Hexagone. Des naufrages industriels ont eu et auront lieu avant de prendre en pleine face une autre vague beaucoup plus dévastatrice que l’on ne croit, si elle n’est pas anticipée et surtout préparée, celle du numérique. N’est-il pas déjà troptard ? Mais comme dit l’adage, vous me direz : «il n’est jamais trop tard !»

emmanuel.varrier