Denis Renaud, Tant qu’il y aura des hommes…

Président de la société industrielle de l’est, Denis Renaud voit dans ce que certains appellent encore «la vieille dame» une formidable plateforme de transmission de savoir et surtout de partage. Un partage, une écoute, une volonté de comprendre l’autre pour l’intérêt de tous, bien plus que des valeurs pour l’entrepreneur du lunévillois, une véritable ligne […]

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Président de la société industrielle de l’est, Denis Renaud voit dans ce que certains appellent encore «la vieille dame» une formidable plateforme de transmission de savoir et surtout de partage. Un partage, une écoute, une volonté de comprendre l’autre pour l’intérêt de tous, bien plus que des valeurs pour l’entrepreneur du lunévillois, une véritable ligne de vie. 

Dans la vitrine aux portes de bois d’antan, des médailles reposent dans leur écrin dans un sommeil bienveillant. Des trophées, éminences de grandes familles industrielles, trônent sur l’étagère supérieure tandis que des revues aux reliures de cuir s’alignent comme des sentinelles d’un passé à préserver pour ne pas oublier et surtout à partager, à transmettre afin que l’histoire des hommes continue. «Le futur s’écrit dans un présent sur la base du passé, un passé à ne pas renier.» La phrase prend tout son sens dans le bureau de la Société industrielle de l’Est (SIE) à la Maison de l’Entreprise de Maxéville, Denis Renaud est le président de ce que certains appellent encore (à tort) «une vieille dame» mais qui malgré ses 130 ans bien sonnés (elle a été fondée en 1884) s’efforce d’être dans l’ère de son temps comme devrait de nouveau le prouver sa traditionnelle Fête solennelle du travail annoncée le 30 novembre à Nancy. «La SIE, c’est un état d’esprit, une philosophie du partage et de la transmission de la connaissance.» Certains parleraient de valeurs, pour Denis Renaud «le terme est aujourd’hui trop souvent galvaudé.» Pour celui qui a succédé à Bernard Labbé (président émérite de la SIE décédé en 2013), «les valeurs d’une entreprise ou de toute autre structure, ce sont les hommes qui la composent. On en revient toujours aux hommes.» Le Lunévillois, pilote de la pointerie Paté de Flin, rachetée à son père et à ses frères en 1986, a l’homme avec un grand H comme fil conducteur. Un homme à connaître, comprendre, à accepter dans ses différences.

CURIOSITÉ ET PARTAGE

«L’ignorance est la mère de toutes les intolérances ! J’ai été élevé dans cette idée de curiosité et de partage. Pour comprendre, il faut d’abord apprendre.» Le tout avec une grosse dose d’écoute et d’acceptation de l’autre. «Quand j’ai rencontré pour la première fois Bernard Labbé, j’ai été fasciné et façonné pour son ouverture d’esprit et sa capacité à parler à tous de la même façon. Il m’a donné l’impression que j’étais important pour lui. Cette politesse d’intérêt est une richesse.» Le patron de la «petite» entreprise lunévilloise, conseiller prud’homal dès 1992 puis président en 1999 intègre dans la foulée l’UIMM (Union des industries et des métiers de la métallurgie) de Meurthe-et-Moselle, côtoie les grandes entreprises tout en gardant cette capacité de rester à sa place en demeurant lui-même. L’Être bien avant le paraître et les aspects de façade. «Je n’aime pas les faux-semblants et encore moins les faux-culs. Je préfère de loin quelqu’un qui n’est pas d’accord avec moi mais qui sait pourquoi, que quelqu’un qui est d’accord avec moi sans aucune conviction.» Denis Renaud s’affiche comme un homme vrai construit au fil du temps. Un itinéraire d’un enfant «qui n’a jamais été seul longtemps, j’ai un jumeau, j’ai toujours composé pour vivre ensemble.» Bac D, maîtrise de droit, DESS de droit des affaires et fiscalité, sportif bien classé version balle jaune (il a fait partie de l’équipe de Lorraine et de France), un cheminement naturel mais un choix décidé vers l’entrepreneuriat en reprenant l’affaire familiale. Une famille où il puise ses ressources et sa détermination à l’image de son engagement pour l’insertion des personnes en situation de handicap. Père de trois enfants dont sa fille Apolline handicapée mentale à 80 %, il est depuis 2003 président de l’association Handi 54. Il n’en fait pas une fierté juste une nécessité «sans tomber dans le côté larmoyant du handicap. On ne peut pas toujours travailler dans l’émotion.» Des émotions, le président de la SIE entend surtout les faire partager au plus grand nombre. «Réunis ensemble, nous sommes une force et là tout est possible ou presque.» On veut bien le croire.