Samuel Peguiron une vie en musique

Formé à l’école suisse de lutherie, Samuel Peguiron perpétue une certaine tradition musicale. Installé à Nancy depuis 34 ans, il veille sur un atelier empreint d’authenticité, où il restaure les instruments de la famille du violon. Rencontre avec un passionné dont le métier d’art connaît un regain d’intérêt. «Tant qu’il y aura de la musique, […]

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Formé à l’école suisse de lutherie, Samuel Peguiron perpétue une certaine tradition musicale. Installé à Nancy depuis 34 ans, il veille sur un atelier empreint d’authenticité, où il restaure les instruments de la famille du violon. Rencontre avec un passionné dont le métier d’art connaît un regain d’intérêt.

«Tant qu’il y aura de la musique, il y aura des musiciens et il y aura des luthiers», sourit Samuel Peguiron. L’homme dégage une apaisante sérénité, avec cette tonalité si spécifique de sa Suisse natale. Pousser la porte de son atelier, situé à peu de pas du Cours Léopold, c’est entrer dans un monde teinté d’intemporalité. Ici, tout est silence. Des violons, altos, violoncelles sont accrochés aux murs. D’autres restent paisiblement à même le sol. Des instruments semblant nouer un singulier dialogue avec pléthore d’outils disposés ça et là. Samuel Peguiron a construit ici son univers. Il le dit lui-même : «J’ai toujours été passionné par la musique. Ma voie, je l’ai choisie moi-même.» L’horloge du temps nous ramène en 1976, dans le canton de Berne. Dans la belle Helvétie, Samuel Peguiron entre à l’école suisse de lutherie, à Brientz. De cet apprentissage de quatre ans, il ressort avec un CAP en poche. «J’ai acquis les bases. Restait à parfaire mon expérience du terrain. J’ai alors fait un compagnonnage à la Haye, aux Pays-Bas. C’est naturellement, mon épouse Frédérique en est originaire, que je suis venu m’installer à Nancy.»

LA RELÈVE EST ASSURÉE

Nous sommes en 1983, il trouve un local, rue Saint-Michel, non loin de la place Stanislas, laquelle vient tout juste d’être interdite au stationnement automobile. Deux ans plus tard, il obtient un brevet de maîtrise suisse. Depuis, Samuel Peguiron a franchi un pont de plus de trois décennies. Dans son atelier viennent le rencontrer des musiciens professionnels et amateurs, afin d’y faire entretenir et restaurer leurs instruments à cordes. «Entre mes clients fidèles, des débuts, les plus jeunes, je fais le lien entre les générations. Je travaille dans la tradition de l’école de lutherie italienne du XVIIIe siècle. C’est la référence.», note-t-il, dans des termes que l’on sent ponctués d’un indéfectible respect pour cette histoire artistique traversant les siècles. Le luthier poursuit : «Il y a forcément quelque chose d’humain dans tout cela. Une rencontre avec un musicien est unique. Il me raconte celle de son instrument.» À l’heure d’Internet, on pourrait être tenté d’y voir là un zeste de désuet, être même inquiet pour l’avenir de ce métier de luthier, comme sorti d’un autre âge. Samuel Peguiron rassure : «Il y a actuellement un regain d’intérêt pour la lutherie. Les gens reviennent vers la musique classique.» Quand il s’agira pour lui de passer la main, la relève est toute trouvée. Son fils, Matthieu, est devenu luthier à son tour, passé par l’atelier paternel, et des influences telles l’école de Brientz, le conservatoire régional de Nancy, ceux de Verdun et Vitré, l’orchestre symphonique et lyrique de Nancy. Samuel Peguiron, lui, aime se ressourcer. Un violoncelle, un archet, les notes d’une partition et sa main s’animant : le voilà transporté au cœur de cette musique qu’il affectionne tant.