Benoît Iung, professeur des Universités à la Faculté des Sciences et chercheur au Centre de Recherche en Automatique de Nancy

«Nous sommes entrés dans la 4e révolution industrielle»

Aujourd’hui c’est déjà demain. La révolution numérique et technologique en marche va redessiner les modèles de travail dans le secteur industriel. Benoît Iung porte un regard visionnaire et décrypte l’usine de l’industrie du futur. Comment définir l’industrie du futur ? Nous sommes au début de la 4e révolution industrielle. Elle ne ressemblera à aucune de ses […]

523
«L’industrie du futur replace l’homme au centre d’un échiquier industriel repensé», analyse Benoît Iung, référent Usine du futur pour l’Université de Lorraine.

Aujourd’hui c’est déjà demain. La révolution numérique et technologique en marche va redessiner les modèles de travail dans le secteur industriel. Benoît Iung porte un regard visionnaire et décrypte l’usine de l’industrie du futur.

Comment définir l’industrie du futur ?

Nous sommes au début de la 4e révolution industrielle. Elle ne ressemblera à aucune de ses devancières. Penser innovation, c’est penser nouveaux métiers : 50 % de ceux de 2030 n’existent pas encore. L’industrie du futur se base sur les technologies innovantes digitales et l’excellence de l’homme pour révéler le potentiel de transformation et d’amélioration de la performance de l’industrie, afin de répondre aux transitions écologique, énergétique, sociétale.

Quel visage aura l’usine de demain ?

Elle sera guidée par le changement des processus de production induit par internet et les technologies du numérique, la modernisation de l’outil et de l’organisation des entreprises par la robotique, la réalité virtuelle et augmentée, les capteurs et logiciels, la maintenance prédictive. Ces usines dites intelligentes seront plus compétitives, plus sûres, plus propres, plus responsables, plus agiles, plus anticipatives.

 

Quel impact pour les entreprises ?

L’industrie du futur repose sur un modèle mixant numérique, créativité, fonctionnalité, rentabilité. Le cœur en devient la valeur ajoutée située dans le processus industriel. Cela cible l’évolution des marchés, l’offre technologique, une organisation repensée, l’environnement, la responsabilité sociétale. Le gérant pensera performance, flexibilité, adaptabilité, réduction de coûts. Les technologies digitales doivent être au service de la compétitivité.

Où en sont les industriels sur cette évolution ?

Les emplois industriels pèsent en France 3,3 millions. 78 % des industriels disent avoir initié une réflexion sur l’industrie du futur dans leur entreprise. Les horizons pour fixer et tenir des échéances concrètes sont fluctuants. Les axes de transformation mis en avant portent sur les compétences des collaborateurs, l’évolution des postes de travail. Une majorité de gérants considèrent que la transition technologique devra être prise en charge par leur propre R&D. L’option innovation cherchée hors les murs de l’entreprise arrive dernière.

 

Et l’homme dans tout cela ?

Le bien-être de l’humain dans l’organisation de son entreprise s’avère source de performance. L’industrie du futur combine les valeurs ajoutées respectives de la machine et de l’homme, qui sera revalorisé par son expertise de geste, de diagnostic, de perception et sera déchargé des tâches pénibles avec la robotisation. Cela doit concourir par ailleurs à augmenter l’attractivité des métiers de l’industrie et des postes de l’usine en les adaptant aux nouvelles générations de travailleurs et en maintenant des emplois dans cette transition technologique/numérique.

Que peuvent apporter le pôle AIP-Priméca de Lorraine et les chercheurs de l’Université de Lorraine pour les PME/PMI lorraines ?

Du côté du Cran-Iset, nous étudions des systèmes industriels de production contrôlés par les objets, des processus d’informations évolués et infotronique, des solutions intelligentes plus durables et fiables. D’autre part, il faut former des cadres capables de piloter l’industrie d’aujourd’hui et d’accompagner les industries dans leur mutation vers l’industrie connectée. C’est le sens du Master ISC – Ingénierie des systèmes complexes. Le pôle AIP-Priméca Lorraine, dirigé par Muriel Lombard, anticipe les changements à venir en intégrant dans son fonctionnement des méthodes de travail favorisant la collaboration d’un ensemble d’acteurs de la recherche, de la formation, de l’industrie. Cette mutualisation des compétences et des ressources répond à une demande d’exigence d’apprentissages plus individualisés.

Avec au premier plan, l’Université de Lorraine ?

Elle a un rôle essentiel à jouer pour être une Université Leader, avec une synergie sur les piliers recherche, formation et plateforme. L’innovation se fera en cohérence avec l’écosystème Grand Est voire national avec tout le réseau Aip-Priméca. Le défi devant nous est majeur et passionnant.