Quelle politique pour développer les territoires ?

Désindustrialisation, centres-villes qui se vident… Face à ce constat partagé par tous, le Medef s’interroge sur la manière dont les pouvoirs publics peuvent favoriser le développement des territoires. En attendant la nouvelle Agence nationale de Cohésion des territoires.   À Agen, ville de 33 000 habitants, une entreprise locale, Jechange.fr, comparateur gratuit d’offres en énergie, […]

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Désindustrialisation, centres-villes qui se vident… Face à ce constat partagé par tous, le Medef s’interroge sur la manière dont les pouvoirs publics peuvent favoriser le développement des territoires. En attendant la nouvelle Agence nationale de Cohésion des territoires.

 

À Agen, ville de 33 000 habitants, une entreprise locale, Jechange.fr, comparateur gratuit d’offres en énergie, télécoms et assurance santé, a créé 150 emplois environ. L’exemple est encourageant mais fait figure d’exception dans le contexte national. Et les pouvoirs publics peinent à trouver les recettes pour multiplier les Jechange.fr. C’est ce qu’a montré une table ronde, qui s’est déroulée dans le cadre d’une rencontre sur le développement économique des territoires, organisée par le Medef et la Fondation Concorde, laboratoire d’idées libéral, le 29 juin à Paris. «Nous sommes parmi les pays les moins industrialisés d’Europe, en pourcentage de PIB (…) Aujourd’hui, on ne produit pas plus de biens manufacturés qu’en 2000, alors qu’on en consomme beaucoup plus», rappelle Philippe Ansel, chef économiste de la Fondation Concorde. Pour lui, cette situation résulte d’évolutions successives que les politiques publiques locales d’investissement, le développement de zones commerciales et l’augmentation des effectifs des collectivités locales ne sont pas parvenus à contrer. Pire, ces politiques ont engendré des «effets pervers», estime l’économiste, évoquant la hausse des prélèvements obligatoires et la désertification des centres-villes. Autre sujet d’inquiétude, les collectivités locales qui se sont lancées dans des stratégies d’économie résidentielle, s’équipant pour accueillir des retraités. «Leur revenu a atteint son pic, et il va décroître», pointe  Philippe Ansel. Par ailleurs, au-delà de ces politiques publiques globales, sur le terrain, les entreprises ne sont pas aidées par les administrations, dénoncent Pierre Morel-À-L’Huissier, député LR (constructif, Lozère), et Bruno Arcadipane, président du Medef Grand-Est. Pour ce dernier, les relations entre les autorités publiques et les entreprises sont «d’une complexité absolue». Quant au député LR, il regrette l’absence de «guichet unique sur les dotations  financières» et «l’inculture française à propos de la réalité de la vie de l’entreprise. Le dialogue n’existe pas vraiment. La culture administrative est une culture de contrôle et non d’accompagnement».

Impulser ou accompagner les projets ?

Pourtant, d’après Pierre Morel-À-L’Huissier, les pouvoirs publics ont un véritable rôle «d’impulsion» à jouer, les préfets pouvant, notamment, réunir les intervenants du monde économique afin d’enclencher des dynamiques. Autre piste d’amélioration, proposée par l’élu : un principe d’«adaptabilité», permettrait au préfet de faire évoluer les normes élaborées par l’État, afin qu’elles soient adaptées plus finement à la spécificité du territoire. C’est une autre voie que préconise le député Jean-François Cesarini (LREM, Vaucluse), co-rapporteur du rapport d’information : «Accompagner le progrès de la déconcentration de notre pays grâce à l’émergence des projets des territoires» remis le 30 mai dernier, à l’Assemblée Nationale, dans le cadre de la préparation d’une nouvelle étape de la décentralisation en faveur du développement des territoires. «Nous voulons sortir de la logique de l’appel à projet», explique-t-il. Concrètement, ce sont des acteurs économiques locaux qui doivent déterminer les projets. «L’État et le territoire doivent se retrouver à mi-chemin. Une fois que le territoire a identifié un projet, l’Agence  nationale de la  Cohésion des territoires  viendra l’accompagner avec de l’ingénierie humaine, pour savoir comment aller chercher des budgets européens…», précise Jean-François Cesarini. D’après le rapport parlementaire, l’Agence nationale de la Cohésion des territoires, structure, «légère», aura «prioritairement un rôle d’accompagnement, de soutien et d’optimisation a posteriori, plutôt qu’un rôle d’organisateur et de contrôle a priori (…) L’agence devra s’engager dans la co-construction, ne pas se poser de surplomb, mais agir en faveur de l’innovation, de la mise en mouvement, de la coopération.» Concrètement, cette nouvelle agence devrait être opérationnelle cet été. Sa création avait été annoncée par Emmanuel Macron, lors de la Conférence nationale des territoires, en juillet 2017.