Le Made in France, un véritable défi pour les PME industrielles

L’affluence toujours plus massive au Salon du Made in France, qui se tenait du 10 au 12 novembre, à Paris, témoigne de l’intérêt croissant des consommateurs. Pour autant, produire en France demeure un défi de taille pour les PME industrielles françaises. Témoignages, lors d’une table ronde organisée par l’AJPME, Association des journalistes spécialisés dans les […]

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L’affluence toujours plus massive au Salon du Made in France, qui se tenait du 10 au 12 novembre, à Paris, témoigne de l’intérêt croissant des consommateurs. Pour autant, produire en France demeure un défi de taille pour les PME industrielles françaises. Témoignages, lors d’une table ronde organisée par l’AJPME, Association des journalistes spécialisés dans les PME.

Commémoration du centenaire de l’armistice ou balade shopping avant Noël ? À quelques semaines des fêtes de fin d’année, les allées du Salon du Made in France étaient bondées, les 10  et 11 novembre, à Paris. Mif Expo, l’organisateur escomptait 65 000 visiteurs. Côté exposants figuraient 500 start-up, entreprises de mode, de la gastronomie ou de l’art de vivre… Parmi elles, quelques entreprises industrielles comme Dove, Nissan, ou encore  Alban Muller, PME d’une centaine de salariés fondée en 1978, spécialiste de la cosmétique naturelle. Deux jours auparavant, le président fondateur de l’entreprise, Alban Muller, intervenait lors d’une table ronde intitulée à : «À quelles conditions les PME industrielles peuvent-elles être rentables en France ?», organisée par l’AJPME, Association de journalistes spécialisés dans les PME. Ce jour-là, à cette question, les trois entrepreneurs participants apportent la même réponse : «l’excellence». Globalement, d’après les chiffres présentés par Bercy, la situation des PME industrielles en France s’améliore : aujourd’hui, ces 25 000 PME, plus exportatrices que les autres, connaissent une légère croissance (+ 4,4 % en trois ans). Le secteur textile, par exemple, a connu un taux de croissance de 1 % l’an dernier. «La filière va mieux, mais beaucoup d’entreprises sont encore en survie», nuance Paul de Montclos, président du Syndicat des fabricants textiles de l’Est. En 2011, dans le contexte d’une filière en voie de disparition, il a initié le label «Vosges terre textile» une AOC (appellation d’origine contrôlée) industrielle d’autant plus exigeante que les entreprises sont situées dans un parc naturel régional. Aujourd’hui, ces 25 PME réalisent un chiffre d’affaires de 235 millions d’euros, en croissance, exportent et investissent dans leur outil de production. Elles misent sur une production de qualité et des marchés de niche, comme l’hôtellerie de luxe ou le secteur hospitalier. Et le label des Vosges a été dupliqué au niveau national avec «France terre textile», adopté par une centaine d’entreprises des Vosges, d’Alsace, du Nord, d’Auvergne Rhône-Alpes et de Champagne Ardenne.

«Une question de volonté»

En Eure-et-Loire, l’entreprise d’Alban Muller réalise un chiffre d’affaires de 18 millions d’euros, en croissance. «Notre démarche a toujours été la recherche de l’excellence», témoigne le fondateur de l’entreprise : celle-ci  est labellisée EPV, entreprise du patrimoine vivant. Misant sur son savoir-faire historique dans le domaine des plantes, elle innove sur les nouvelles tendances. Par exemple en proposant aux marques pour lesquelles elle travaille, des substituts naturels à des conservateurs chimiques, aujourd’hui rejetés par les consommateurs. Même démarche chez Lippi. Les 180 salariés de cette entreprise familiale créée en 1963 en Charente, fabriquent des barrières, portails et aménagements extérieurs, quand le reste de la profession s’est réduit en France. «Fabriquer en France est d’abord une question de volonté. Cela nécessite de viser l’excellence», témoigne Julien Lippi, directeur général de l’entreprise. Une excellence que l’entreprise décline dans les domaines opérationnel, commercial et financier. Sur le plan commercial, Lippi a fait le choix de disposer de son propre réseau, en franchise, afin de nouer un dialogue direct avec le client qui lui permette de mettre en valeur la spécificité de sa marque. En interne, l’entreprise a adopté une démarche de progrès continu, qui passe par un modèle managérial basé sur la confiance et l’épanouissement des salariés. Côté finance, «il faut gérer le bilan et non le compte de résultat», insiste Julien Lippi. En effet, la clé de la survie, c’est de disposer du temps nécessaire pour générer un modèle économique viable. D’après un sondage Mif Expo et Tudigo, pour les entreprises qui sont engagées dans cette démarche, le Made in France constitue un pilier. Dans 62 % des cas, elles constatent qu’il s’agit d’un argument qui a un impact fort sur les ventes. Et d’après l’étude, les trois quarts des entrepreneurs savent que les consommateurs sont motivés par cette question du Made in France. En la matière, pourtant, «il existe un écart considérable entre le déclaratif et l’achat réel par le consommateur français», constate Julien Lippi.