Bâtisseuse de projets européens sans frontières

Née à Lyon d’un père français et d’une mère allemande, la nouvelle présidente de la JCEF (Jeune Chambre Économique Française) confesse bien volontiers qu’elle est fortement marquée par cette double culture et qu’elle s’inscrit sans hésitation, lors de la Conférence européenne de la JCI (Jeune Chambre Internationale), qui s’est tenu à Lyon du 8 au […]

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© Marine-Agathe Gonard «La Jeune Chambre Économique est un incubateur de leaders citoyens, c’est-à-dire des gens conscients qu’il faut impérativement allier développement économique et développement humain», assure Stéfanie Cochet, la présidente de la JCEF.

Née à Lyon d’un père français et d’une mère allemande, la nouvelle présidente de la JCEF (Jeune Chambre Économique Française) confesse bien volontiers qu’elle est fortement marquée par cette double culture et qu’elle s’inscrit sans hésitation, lors de la Conférence européenne de la JCI (Jeune Chambre Internationale), qui s’est tenu à Lyon du 8 au 11 mai, dans la dynamique de la construction européenne. Tournée vers l’international depuis le début de sa carrière professionnelle, elle entend défendre les valeurs humanistes d’une jeunesse européenne qui croit à un avenir meilleur.

 

Quelles étaient vos motivations lorsque vous avez décidé de rejoindre la JCE à tout juste 19 ans ?

Mon adhésion est la conjonction de plusieurs facteurs. À commencer par mon histoire familiale, puisque mes parents étaient tous deux membres de la JCI. Ils se sont d’ailleurs rencontrés dans ce cadre. Ensuite, il y a une telle dynamique dans ce mouvement et une telle envie de faire bouger les lignes, que je me retrouve pleinement dans sa philosophie. La Jeune Chambre Économique est un incubateur de leaders citoyens, c’est-à-dire des gens conscients qu’il faut impérativement allier développement économique et développement humain. Enfin, c’est un mouvement international et j’ai toujours été attirée par cette dimension et par la découverte d’autres cultures.

Qui sont ces leaders citoyens que vous venez d’évoquer ?

Des personnes âgées de 18 à 40 ans, venues de tous les milieux, qui ont envie de faire bouger les lignes et qui sont, ou seront peut-être demain, des élus, des chefs d’entreprise, des responsables associatifs… La force de la JCE c’est de rassembler la société civile dans toute sa diversité. Nous sommes en quelque sorte les porte-parole de la jeunesse qui croit en un avenir meilleur. Car incuber des leaders citoyens, c’est incuber des talents pour porter les projets que nous définissons tous ensemble et qui sont là pour apporter un vrai plus à la société et aux territoires sur lesquels nous sommes implantés.

Que représente exactement la JCEF et quelle est sa place dans la JCI ?

Il y a aujourd’hui plus de 135 JCE locales en France et nous rassemblons un peu plus de 2 000 membres. À l’échelle de la planète, la JCI est implantée dans plus de 110 pays et elle revendique environ 200 000 adhérents. La Jeune Chambre est née aux États-Unis en 1915, avant de se structurer et de devenir la JCI à partir de 1944. Le mouvement est arrivé en Europe, et en France notamment, en 1952, avec la création des premières JCE locales à Lille et à Lyon, à l’initiative d’Yvon Chotard. La JCI est très bien implantée en Europe, mais aussi en Amérique du Nord et en Asie. La force de notre mouvement repose sur ses valeurs humanistes.

Quelles sont ces valeurs ?

La première, celle qui me semble vraiment fondamentale, c’est la fraternité. Elle doit transcender la souveraineté des nations. L’Homme est réellement au cœur de notre organisation. C’est lui la plus grande des richesses. Ensuite, nous sommes également très attachés à la notion de justice économique. En fait, notre démarche repose sur un triptyque : homme, entreprise, communauté au sens du territoire. Notre ambition est de définir comment nous pouvons avancer tous ensemble, en nous réunissant plutôt qu’en nous opposant. C’est en raisonnant ainsi que nous allons dessiner l’avenir de notre planète, car nous avons la volonté d’œuvrer à la construction d’une paix durable. La JCI porte un message d’optimisme.

À titre personnel, vous avez pris la présidence de la JCEF en début d’année ; qu’est-ce qui vous a poussé à présenter votre candidature ?

Là encore, c’est un ensemble de facteurs qui a guidé ma décision. À commencer par la philosophie du mouvement lui-même. Quand je suis arrivée à la JCE il y a 14 ans, je n’aurais jamais imaginé que j’en serais la présidente un jour. Mais dans ce mouvement, on t’apprend à penser que rien n’est impossible. De ce fait, quand on m’a sollicitée l’année dernière, je n’ai pas hésité très longtemps. D’autant moins longtemps, je l’avoue, qu’il y avait une sorte d’alignement des planètes, puisque 2019 est à la fois l’année des élections européennes, qui me tiennent à cœur, mais aussi celle où la France et plus précisément Lyon qui a accueilli la Conférence européenne de la JCI au début du mois.

Restons sur l’Europe puisque c’est le grand sujet du moment. À quelques jours des élections, quel regard portez-vous, aussi bien à titre personnel qu’en tant que présidente de la JCE, sur la construction européenne ?

La JCE a été construite en France sur cette idée simple : plus jamais de guerre et pour commencer plus jamais de guerre sur le territoire européen. C’est d’ailleurs ce qui a incité Yvon Chotard à se tourner tout de suite vers l’Allemagne pour aller vers la création d’une fédération européenne. La JCE a réellement vocation à développer le potentiel civique européen de chacun. À titre personnel, je suis une européenne convaincue et je suis extrêmement fière d’appartenir à cette communauté de peuples. C’est pourquoi je suis persuadée que l’Europe doit aller plus loin. Et pour cela, elle doit passer par le cœur. S’arrêter aujourd’hui dans le processus de construction européenne serait une grave erreur… et la première des erreurs serait de ne pas aller voter.

Que faites-vous pour lutter contre cette abstention qui s’annonce très importante ?

Pour promouvoir les élections européennes auprès des jeunes en les sensibilisant aux réalisations de l’Europe, nous menons une grande action baptisée «Step up For Europe.» On ne se positionne pas politiquement et on ne cherche surtout pas à savoir pour qui les gens vont voter. En revanche, nous voulons les convaincre d’aller s’exprimer en glissant leur bulletin de vote dans l’urne. Car l’Europe doit nous ressembler et pour cela il faut s’inquiéter de ce qu’elle fait et de ce qu’elle devrait faire. À titre personnel, je pars du principe que les personnes qui ne sont pas contentes et qui ont des revendications doivent se présenter ou, au moins, s’engager dans les discussions pour peser sur les décisions qui seront prises et promouvoir ce qu’ils souhaitent pour l’Europe.

Puisque vous évoquez cette question, la JCI défend-elle une position unique sur l’accueil des migrants ?

Oui, nous avons une ligne de conduite très précise à ce sujet, qui nous ramène à ce qui fonde nos valeurs, à savoir : la fraternité humaine transcende la souveraineté des nations. Dans ces conditions, il est clair que nous ne pouvons pas imaginer une Europe laissant les migrants derrière la porte. Concrètement, notre modèle actuel est calqué sur les institutions de l’État français et sur la procédure parlementaire. Puisque le système ne fonctionne plus de manière optimale dans le pays, nous avons décidé de regarder comment nous pouvions changer notre propre mode fonctionnement, afin de faire ensuite des propositions.

Quel est votre sentiment sur le mouvement des «Gilets jaunes» ? La jeunesse, dont vous souhaitez être le porte-parole, est particulièrement bien représentée dans ce mouvement…

Nous en sommes tout à fait conscients et nous avons activement participé à la démarche des grands débats. Les JCE locales ont même organisé plus d’une vingtaine de grands débats. Ainsi à Lyon, nous avons fait cela dans les locaux de l’Idrac. Nous avons fortement alimenté le grand débat et nous avons été invités par Gabriel Attal, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, pour la restitution qu’il a faite devant une dizaine d’associations.

Que ressort-il des débats que vous avez organisés ?

En premier lieu, c’est la question de la transition écologique qui s’impose. C’est un sujet qui passionne les jeunes. Ce sera d’ailleurs un des deux thèmes de travail que nous allons proposer aux membres de la JCEF pour les trois prochaines années.

Et sur quelles propositions concrètes avez-vous débouché ?

Nous sommes partis de l’engagement citoyen et, sur cette base, nous avons déployé le «CV Citoyen.» Nous avons réfléchi à la valorisation du bas de CV des jeunes qui n’ont pas forcément les diplômes universitaires et les expériences professionnelles recherchés par les employeurs, mais qui ont néanmoins acquis des compétences susceptibles d’intéresser ces derniers. Nous avons aussi déployé le module : «Valorisation d’expérience associative», c’est-à-dire : «Comment puis-je transposer ces compétences spécifiques dans la vie professionnelle ?» Car, bien souvent, les jeunes ont des expériences à mettre en valeur, mais ils ne s’en rendent pas compte. Ils ne croient pas en eux ou sont incapables de percevoir les qualités qu’ils recèlent. Dans le même ordre d’idée, l’année dernière nous avons également travaillé sur la «Charte du recruteur citoyen», avec l’objectif de déployer au sein des entreprises, non seulement, une manière de recruter, mais aussi de valoriser ses collaborateurs.

Propos recueillis par Jacques DONNAY (Tout Lyon Affiches) pour Réso Hebdo Éco – www.facebook.com/resohebdoeco.