Citéco invite à découvrir l’économie par le jeu

Découvrir l’envers des échanges internationaux, les dessous de la crise de 2008, ou comment on fabrique des billets… À Paris, Citéco, une cité de l’économie qui s’adresse à un public familial, a ouvert ses portes mi-juin. Visite du musée. La salle aux 100 coffres est ouverte ! Dans le très chic nord-ouest parisien, la Banque de […]

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crédit : Citéco : Charlotte Donker Citéco, la cité de l’économie de la Banque de France à Paris entend vulgariser au plus grand nombre l’univers économique.

Découvrir l’envers des échanges internationaux, les dessous de la crise de 2008, ou comment on fabrique des billets… À Paris, Citéco, une cité de l’économie qui s’adresse à un public familial, a ouvert ses portes mi-juin. Visite du musée.

La salle aux 100 coffres est ouverte ! Dans le très chic nord-ouest parisien, la Banque de France avait établi une élégante succursale, fréquentée par les bourgeois de la plaine Monceau, dans les années 20. Ils venaient y déposer titres d’emprunts russes et bijoux de familles… Depuis ce mois de juin, l’établissement est devenu Citéco, un lieu destiné à faire connaître l’économie au grand public. Et la salle des coffres accueille des visiteurs qui découvrent des écus d’or de Saint Louis, des rouelles gauloises en bronze, ou une immense pièce dorée, une «Cincuentin»… L’objet de collection témoigne de l’histoire de l’arrivée massive d’or et d’argent en Europe, à la fin du XVe siècle, suite aux conquêtes espagnoles en Amérique latine. On découvre ce récit sur une tablette numérique, puis, à quelques pas de là, on s’informe sur la manière dont sont fabriqués les billets aujourd’hui : la salle est consacrée aux moyens de paiement. «Le musée est un dispositif conçu  pour créer de la culture économique, un sujet sur lequel nous ne sommes pas brillants, en France. (…) Citéco n’a pas la prétention d’enseigner l’économie en quelques heures de visite, mais il a pour objectif de séduire tous les publics avec ses atouts : l’interactivité  et le caractère exceptionnel du bâtiment», explique Xavier Limagne, muséographe à Citéco. De fait, le parti pris est paradoxal. L’hôtel Gaillard, réalisé dans les années 1870-1880, – classé monument historique – soigneusement préservé, est mis en valeur : le majestueux bureau d’angle du directeur de l’ex-banque est meublé, une salle de bain conservée… Mais  l’intérieur de ce palais néo-Renaissance est aussi animé par des effets spéciaux spectaculaires. Ainsi, dans le grand hall, un «mapping vidéo», projette successivement une pluie de billets en cours d’impression, de lingots, ou de transactions électroniques, qui descendent le long des colonnes. L’humour n’est pas oublié : une machine de «PhotoBifton» permet de se faire photographier et de repartir avec un billet à son effigie… Il s’agit de «rendre sympathique, agréable et ludique ce sujet qui semble rébarbatif», précise Xavier Limagne. Sur le fond, le sujet est traité en six modules différents, comme  échanges, acteurs, marchés, régulation…

Jouer pour comprendre

Dans chaque cas, le visiteur aborde le thème avec une clé d’entrée qui se rattache à la vie quotidienne, pour découvrir ensuite des informations plus sophistiquées. Par exemple, la section «acteurs», s’ouvre sur une salle où trône une machine à scanner les objets, semblable à celle des aéroports. Le visiteur choisit l’un des casiers préremplis, le place sous le scanner et voit s’afficher la provenance du produit sur l’écran. Pour un jean, par exemple, le design a été réalisé au Royaume-Uni, le coton vient du Bénin, le tissage est italien, le fil irlandais et la fermeture éclair japonaise… Dans chaque section, une partie «débat» – qui sera renouvelé régulièrement – propose une vidéo où deux économistes interviennent sur un même sujet. Au total, 202 pièces d’exposition, conçues sur mesure, nourrissent Citéco, dont 58 vidéos originales – comme une interview de Christine Lagarde, ministre de l’Économie durant la crise de 2008 -, 20 jeux multimédias individuels, et six collectifs. Le visiteur peut, par exemple, se mettre dans la peau d’un trader qui surveille plusieurs écrans en même temps, ou dans celle d’un producteur de moutons confronté au marché… Pièce forte, en plein cœur du hall, s’élèvent les parois d’une grande salle semi-ouverte : neuf joueurs peuvent endosser le rôle de négociateur représentant un pays, dans le cadre d’une discussion multilatérale sur le climat. Le but ? Produire de l’électricité  en augmentant la part d’énergies renouvelables, tout en prenant en compte de multiples paramètres, comme les objectifs définis dans le cadre européen, le budget, les taxations des énergies non renouvelables… Dans le monde, les musées consacrés à l’économie sont rares. Le plus célèbre d’entre eux demeure celui de Mexico City, Museo interactivo de economia. Il a été créé en 2006 par la Banque centrale du pays en partenariat avec plusieurs  entreprises, très visibles dans le dispositif. En France, le projet est porté par la Banque de France, sans participation du privé. Objectif : «rendre l’économie plus accessible et compréhensible pour tous», d’après François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France et président de Citéco, dans un communiqué. Depuis 2015, l’institution bancaire s’est vu confier une mission nationale d’éducation à l’économie. La réalisation de Citéco a pris dix ans. C’est peut-être la raison pour laquelle on n’y évoque pas les bitcoins…