Chapeau bas !

Martine Segal s’apprête à vivre l’un des moments les plus difficiles de sa carrière professionnelle. Le 31 décembre prochain, elle fermera définitivement à Nancy sa boutique de chapeaux après quarante ans de bons et loyaux services. Mais avant de s’offrir une retraite bien méritée, elle a dû déménager une première fois de la rue de […]

Martine Segal aura vendu des chapeaux pendant quarante ans à Nancy.

Martine Segal s’apprête à vivre l’un des moments les plus difficiles de sa carrière professionnelle. Le 31 décembre prochain, elle fermera définitivement à Nancy sa boutique de chapeaux après quarante ans de bons et loyaux services. Mais avant de s’offrir une retraite bien méritée, elle a dû déménager une première fois de la rue de la Faïencerie à la rue des Dominicains pour liquider son stock.  Pour quelques semaines encore, Chapeaux Nancy fait du rab et des rabais !  

C’est à croire que les Nancéiens ne veulent pas la laisser partir ! Sa petite boutique de la rue des Dominicains ne désemplit pas depuis que Martine Segal y a installé ses chapeaux mi-septembre. Elle a pourtant dû faire vite pour tout déménager du magasin de la rue de la Faïencerie. «La jeune femme qui a repris le fond de commerce voulait que le local soit prêt à la rentrée pour pouvoir ouvrir son restaurant», explique la commerçante. Heureusement, une connaissance, agent immobilier, lui propose pour trois mois, un petit espace, situé rue des Dominicains, en plein cœur de ville. Martine ne pouvait rêver mieux pour écouler sa marchandise !

Faire ses cartons… à chapeaux

Pourtant, il lui faut une première fois, tout emballer et ranger un par un ses capelines, casquettes, Borsalino, sans oublier les accessoires. «Je me doutais que cela allait être difficile» raconte Martine. La simple évocation du dernier tour de clé rue de la Faïencerie lui fait monter les larmes aux yeux. «J’ai vécu tellement de bons moments» se souvient-elle. Elle y sera restée presque vingt-ans après une première étape sur le marché où elle a travaillé pendant deux décennies, pour un chapelier dans un premier temps, avant de reprendre son stand.

Travailler du chapeau

Mais le froid et le dur labeur des commerçants itinérants l’incitent à se sédentariser. Elle se fixe alors rue de la Faïencerie. Le reste de l’histoire, vous la connaissez… Martine Segal a encore quelques semaines pour partager sa passion avec ses clients. Les fidèles l’ont suivie rue des Dominicains. «Des messieurs ont même acheté plusieurs chapeaux et anticipé leurs besoins» souligne-t-elle. Il n’y a qu’à voir les rayons qui se vident petit à petit. Mais il reste encore de quoi faire… L’étage cache encore quelques belles pièces.  «J’avais des stocks importants. Il me fallait chaque modèle dans toutes les tailles» précise Martine. À ses côtés, une cliente cherche une casquette, «une de plus» souligne-t-elle. Aidée par une jeune vendeuse, elle essaie de nombreux modèles en quête de la perle rare. Une autre cliente a jeté son dévolu sur un cache-oreilles en fausse fourrure d’un noir profond. À l’entrée du magasin, un fidèle client se fait conseiller par le mari de Martine pour acheter lui aussi un énième chapeau. Martine quant à elle va de l’un à l’autre. Passionnée comme au premier jour, elle y va de son conseil, de son commentaire. «Il n’y a pas de tête à chapeau ou pas. Il faut juste trouver le bon chapeau» argumente-t-elle avant d’ajouter : «il faut prendre son temps». Quoi qu’il en soit, fin décembre, tout doit être vendu. Martine Segal tournera encore une dernière fois la clé dans sa boutique éphémère de la rue des Dominicains. Cette fois-ci, ce sera vraiment pour de bon.

Le chapeau de Toulouse-Lautrec

Entre ses vingt années passées sur le marché et ses deux décennies rue de la Faïencerie à Nancy, Martine Segal aurait de quoi écrire un livre. Si elle ne devait retenir qu’une seule anecdote, ce serait sans hésitation, la commande d’un Nancéien, passionné par Henri de Toulouse-Lautrec. Le jeune homme lui a commandé le même chapeau que le peintre ! Martine le prévient : «le haut-de-forme est très haut, pour compenser la petite taille de l’artiste.» Le client en prendra vraiment conscience lorsqu’il l’aura sur la tête…