La reprise d’entreprises artisanales peine à décoller

La baisse des cessions-transmissions d’entreprises artisanales, entamée il y a dix ans se poursuit. Selon l’enquête menée par l’Institut supérieur des métiers (ISM) et la Maaf (Mutuelle d’assurance des artisans de France), auprès d’un échantillon de 1 200 repreneurs du secteur, elles représentent moins d’une installation sur dix.

Les reprises d’entreprises artisanales ne remontent pas la pente depuis la crise de 2008. Dix ans plus tard, dans un contexte économique plus favorable, elles accusent un net déficit, pour ne représenter que 9 % des installations, hors micro-entrepreneurs, selon le baromètre ISM/Maaf, publié en novembre 2019 et consacré aux créations et reprises d’entreprises. Ce mode d’installation de plus en plus rare est pourtant plus pourvoyeurs d’emplois que les créations pures. Deux tiers des entreprises artisanales reprises emploient en moyenne 2,3 salariés lors du démarrage de l’activité (contre 5 % pour les créations). L’effectif est plus élevé en cas de reprise d’entreprise opérant dans le BTP (4,7) ou dans la fabrication (3,4). Une situation qui s’explique par le fait que la majorité des entreprises artisanales reprises sont structurées sous forme de société (dont 58 % en SARL) ; seules 10 % sont des entreprises individuelles.

La reprise : pourquoi ? Par qui ?

Concernant les raisons de la transmission, près de la moitié des artisans interrogés (47 %) déclarent avoir cédé leur entreprise en raison de leur départ à la retraite. Pour les autres, les motivations divergent. Certaines sont d’ordre personnel (raisons familiales, de santé,…), tandis que d’autres sont liées à la situation économique de l’entreprise ou à l’évolution du projet professionnel du cédant. D’autre part, l’enquête montre que 53 % des repreneurs n’ont pas de lien avec l’entreprise rachetée. Parmi les 47 % restants, 24 % sont des anciens salariés de la structure reprise, 12 % ont un lien familial avec le cédant et 11 % proviennent du réseau personnel et/ou professionnel de ce dernier. Quant à l’origine professionnelle des repreneurs, le classement place au premier rang les anciens ouvriers et techniciens (70 %), loin devant les anciens cadres d’entreprise en reconversion (12 %) ; 14 % d’entre eux étaient dirigeants d’une autre entreprise (14 %), seuls 2 % d’anciens associés.

Le ticket d’entrée plus élevé

Première cause de désaffection pour la reprise d’entreprise, le coût de l’opération. Corrélée à la taille de l’entreprise, et variable selon les secteurs, il s’élève, en moyenne, à 151 000 euros (hors les murs de l’entreprise). L’installation par reprise est financièrement plus lourde que la création ex nihilo, en raison du portefeuille de clients déjà acquis par l’entreprise cédée, souligne l’étude. Sur les 1 200 repreneurs interrogés dans le cadre du baromètre, environ la moitié déclarent que l’installation a entraîné une mise de fonds de moins de 100 000 euros. Pour 25 % d’entre eux, le ticket d’entrée est compris entre 100 000 et 200 000 euros, tandis que pour le dernier quart, le coût est supérieur à 200 000 euros. L’installation par reprise est majoritairement financée par prêt bancaire (à 75%). Quant aux problèmes rencontrés, si 22 % des artisans repreneurs déclarent n’avoir éprouvé aucune difficulté, 49 % avancent une baisse de leurs revenus et 46 % ont dû faire face à des investissements imprévus. Point positif, les structures artisanales reprises sont globalement plus pérennes que les créations pures : après deux ans d’activité, 60 % des repreneurs d’entreprises artisanales déclarent un chiffre d’affaires en hausse.

A noter : l’artisanat commercial regroupant les métiers de l’alimentation et des services concentre à lui seul 80 % des opérations de reprises.