Le baromètre qui fait froid dans le dos

Olivier Torrès, fondateur d’Amarok, le premier Observatoire sur la santé des entrepreneurs, lance un message d’alerte auprès des pouvoirs publics dans la perspective de la grande réforme sur la santé au travail.

Olivier Torrès, enseignant-chercheur à l’université de Montpellier et fondateur d’Amarok, le premier Observatoire sur la santé des entrepreneurs, vient de cosigner dans la revue scientifique «La Revue française de gestion» un article sur le «Dépistage de l’épuisement et prévention du burn-out des dirigeants de PME.» Un véritable cri d’alerte que ce professionnel avait notamment déjà lancé en octobre dernier à l’occasion d’une rencontre avec la CPME de Meurthe-et-Moselle à Nancy.

17,5 % des chefs d’entreprise sont en risque d’épuisement professionnel ! Bilan tiré aujourd’hui par l’Observatoire Amarok, premier observatoire sur la santé des entrepreneurs fondé par l’enseignant-chercheur de l’université de Montpellier, Olivier Torrès. Le risque de burn-out est présent à 35 % chez les agriculteurs, la chose est relativement connue mais le pourcentage, d’après cet observatoire est le même pour les artisans et il est de 30 % chez les experts-comptables. «Ce dernier chiffre est peut-être l’un des plus surprenants. Personne ne sait qu’aujourd’hui la profession d’expert-comptable est en grande souffrance. 72,32 % d’entre eux se sentent menacés par l’instabilité législative, 71,81 % par le durcissement des lois à l’encontre de leur profession et 65,96 % par la complexité des lois.» Ce constat, Olivier Torrès l’avait déjà exposé en octobre dernier à l’occasion d’une soirée prestige de la CPME de Meurthe-et-Moselle à Nancy (voir notre numéro 1936 du 7 octobre 2019). L’urgence apparaît de taille et le fondateur de l’Observatoire Amarok passe à la vitesse supérieure. Avec Charlotte Moysan-Kinowski, psychologue clinicienne et doctorante en entrepreneuriat à l’Université de Montpellier, l’enseigne-chercheur vient de cosigner un article dans la «Revue française de gestion» (revue scientifique française dans le domaine du management) où les auteurs relatent dix ans de recherche et de mesures empiriques sur la question du burn-out des dirigeants de PME. Nom de code : Dépistage de l’épuisement et prévention du burn-out des dirigeants de PME.

Message d’alerte

«Cet article lance un message d’alerte auprès des pouvoirs publics, notamment dans la perspective de la grande réforme sur la santé au travail qui est en cours de préparation», explique Olivier Torrès. «Il est nécessaire d’intégrer la population des entrepreneurs dans le champ de prévention et de la santé au travail. Il est également nécessaire de développer une statistique épidémiologique du travail des chefs d’entreprise.» Si le burn-out chez les collaborateurs est une donne qui commence à être prise réellement en considération, il semble, selon Olivier Torrès, que le chef d’entreprise et l’entrepreneur en général ne soient pas réellement pris en compte. «Les chefs d’entreprise et les travailleurs indépendants sont plus de trois millions en France et représente 99,84 % des entreprises du pays. Ils exercent une fonction essentielle de l’activité économique et leurs ennuis de santé peuvent provoquer la disparition de l’entreprise et toucher sept millions de salariés», peut-on dans l’article de la «Revue française de gestion». Ce condensé d’une recherche académique de près de dix ans entend donc tirer la sonnette d’alarme sur une situation jugée plus que préoccupante. «Les résultats des travaux réalisés autorisent à dire que les chefs d’entreprise ne doivent pas être en dehors des dispositifs de santé au travail (…) Promouvoir la santé auprès de cette population a un double effet : sur les dirigeants eux-mêmes et par effet de contagion sur leurs salariés avec qui ils sont la plupart du temps en contact direct et permanent.» Reste à faire passer le message…