Covid-19 : liquidité et solvabilité

La crise que nous traversons est avant tout sanitaire, mais elle a induit des conséquences économiques inédites et immédiates dès son commencement. La fermeture des frontières et le confinement d’une grande partie de la planète ont entrainé une rupture brutale de l’offre et de la demande et ont pesé lourdement dans l’activité des entreprises.

Pour éviter que l’impact direct de l’épidémie de coronavirus engendre une multiplication des faillites et une forte augmentation du nombre de chômeurs, les gouvernements et les banques centrales ont multiplié les mesures visant à limiter les problèmes de liquidités et de trésorerie des entreprises. Chômage partiel, Prêt garanti par l’État, report des charges sociales et des impôts, suppression des dividendes… Cette liste non exhaustive montre l’ampleur des efforts menés par les gouvernements pour sauver le soldat entreprise. En parallèle, les sociétés ont également pu tirer sur leurs lignes de liquidité quand elles en disposaient, contrairement à l’automne 2008 pendant lequel la crise des marchés financiers avait rendu très difficile la possibilité de trouver du financement par dette. Enfin, la contraction mécanique du besoin en fonds de roulement liée à la réduction voire l’arrêt de l’activité a également joué sur l’amélioration des situations de liquidité des acteurs économiques. Force est de constater que l’ensemble de ces mécanismes se sont avérés efficaces. Le nombre de faillites en France sur le mois de mars n’a jamais été historiquement aussi faible. Certaines entreprises voient même leur trésorerie atteindre des niveaux record. On peut donc penser que la bataille est gagnée et que l’économie est ressortie indemne de cette crise sans précédent.

Crise sur la solvabilité à terme des entreprises

Malheureusement, la crise de 2008 a démontré qu’il était hasardeux de considérer qu’un choc était temporaire et qu’une fois dépassé, l’économie rebondissait. Si ces mesures s’avéraient nécessaires, elles ne peuvent résoudre tous les problèmes, notamment la notion d’incertitude. Tant que l’ensemble des acteurs économiques ne disposent pas de visibilité sur la date à laquelle la pandémie sera maîtrisée, l’offre et la demande continueront à être limitées. Sans disposer d’une boule de cristal, il est relativement aisé d’en tirer des hypothèses, et ces premiers mois de reprise d’activité post-confinement mettent en évidence les premières conséquences de la crise sur la solvabilité à terme des entreprises. La reconstitution des stocks, les décalages dans les commandes, des délais de paiement plus importants. Ce sont des problèmes auxquels sont confrontées bon nombre d’entreprises depuis mai. L’activité reprenant, les besoins en fonds de roulement se dilatent de nouveau, et atteignent des niveaux supérieurs aux BFR normatifs constatés avant le Covid-19. En parallèle à l’arrêt de leur activité, les entreprises ont logiquement enregistré des pertes malgré les aides mises en place. Baisse de productivité, coût logistique plus élevé, coûts fixes incompressibles à court terme propre à toute entreprise, vont peser lourdement sur le résultat net en fin d’exercice. Enfin, et il s’agit là d’un problème plus latent, alors que la crise de 2008 a poussé les entreprises de la plupart des pays développés à se désendetter, les entités françaises ont suivi le chemin inverse. Dans une étude, la Banque de France met en évidence que : «les entreprises se sont endettées pour accumuler des liquidités et des titres de court terme».

Hausse de la dette

Dans cette même étude, la Banque de France fait également le constat que la rentabilité des entreprises françaises est plus faible par rapport à celle d’autres pays. Or, cela n’a pas eu pour effet de réduire leur taux d’investissement, qui est en constante augmentation depuis 2009. Conséquence logique, leur capacité d’autofinancement est inférieure à 100 %, elles manquent donc de fonds propres et l’endettement est (était ?) le seul moyen de financer leurs investissements. À cet endettement déjà lourd, il faut donc aujourd’hui y incorporer les prêts souscrits pour pallier l’absence de chiffre d’affaires lié à la crise sanitaire. «Le mouvement que connaît les entreprises est donc double, avec un BFR (besoin en fonds de roulement) qui augmente, des capitaux propres réduits, et une dette nette plus élevée», comme le schématise le bilan économique ci-dessous.

Au-delà de ce mouvement, il faut également prendre en compte que les entreprises n’auront aucun actif à mettre face à cette hausse de la dette. Dès lors, on constate que la solvabilité des entreprises va, à plus ou moins court terme, se dégrader. Liquidité et solvabilité sont deux notions différentes, mais non sans lien, comme l’a démontré encore une fois la crise financière de 2008. À une crise de solvabilité a suivi une crise importante de liquidité, l’ensemble des acteurs économiques perdant confiance en raison d’une marge de sécurité insuffisante sur leurs créances.

Réactualisation des plans d’affaires

Chaque crise produisant peu ou prou les mêmes effets, il est fort probable que ce scénario va se reproduire aujourd’hui. À date, il faut espérer que toutes les entreprises aient réalisé un travail de réactualisation de leurs plans d’affaires initiaux. Ces derniers doivent en effet être revus, repensés, en prenant en compte les impacts engendrés par la crise sur les principaux indicateurs : chiffre d’affaires, résultat d’exploitation, capitaux propres, dette nette… Même les business plans les plus optimistes ne semblent pas raisonnables aujourd’hui s’ils ne font pas apparaître des variations plus ou moins substantielles sur les principaux indicateurs d’exploitation ainsi que sur les grandes masses du bilan. Devant ce constat, les plus résilients pourront faire le choix de ne rien faire, mais leurs capacités d’action se verront fortement réduites. Elles vont perdre de la flexibilité et de la souplesse pour renforcer leurs positions sur leurs marchés ou profiter des opportunités de croissance externe pour se consolider. Pour les autres, les plus nombreuses, les excédents dégagés par l’exploitation vont servir à rembourser leurs PGE. Cet outil va alors se transformer en problème après avoir été une solution géniale à court terme. En effet, pour les entreprises n’étant pas d’une solidité à toute épreuve, il va se révéler être un piège en limitant fortement leurs capacités d’endettement pour investir dans les cinq prochaines années. Autant financer de l’investissement par de la dette peut faire sens, autant financer des pertes par de la dette pose des questions légitimes. Les entreprises vont donc être confrontées à un certain immobilisme forcé. Elles devront cependant continuer à investir sous peine de ne plus se développer, voire même de sortir de leur marché par manque d’innovation.

Renforcement des fonds propres

Quelles solutions s’offriront alors aux entreprises souhaitant se développer ? On peut d’ores et déjà écarter le recours à des dettes additionnelles. Les entités seront au-delà des ratios acceptables pour les banques et le service d’un autre type d’instrument financier les étoufferait sans doute définitivement. L’ensemble des économistes se retrouvent donc dans l’idée que le renforcement des fonds propres des entreprises françaises, déjà fort avant le Covid-19, n’en sera que plus urgent et doit dès aujourd’hui être une priorité. Mieux armées que leurs concurrents n’ayant pas ou pu améliorer leur haut de bilan, les entreprises qui accepteront d’ouvrir leur capital social seront celles qui profiteront au mieux de la reprise, si tant est bien sûr que leurs modèles économiques étaient viables avant la crise. Elles seront également capables de supporter le prochain choc, qui arrivera inévitablement. On peut dès aujourd’hui avancer que l’après confinement en finance d’entreprise sera marqué par une nécessaire amélioration des fonds propres. Dans ce sens, le Groupe ILP dispose de capitaux dédiés spécifiquement au soutien des entrepreneurs impactés par le Covid-19. À défaut, l’accent pour les entreprises sera mis sur la résilience plutôt que l’efficience. Il y aura naturellement des gagnants et des perdants comme dans toute crise. Beaucoup parlent d’un monde nouveau, mais en finance d’entreprise rien ne changera dans les principes et dans les mécanismes.

À propos du Groupe ILP

Acteur régional du renforcement des fonds propres des PME lorraines, le Groupe ILP a pour vocation d’être le capital investisseur de proximité des PME lorraines et du Grand Est. Il intervient en tant qu’actionnaire minoritaire à tous les stades de l’évolution des entreprises et notamment dans les phases de développement et de transmission. Basé à Metz depuis 35 ans, le Groupe ILP a permis de développer une ingénierie financière de qualité en accompagnant plus de 500 entreprises. Site et contacts : www.groupe-ilp.comcontact@groupe-ilp.com – 03.87.75.93.50.