Concilier rentabilité et responsabilité : des entreprises témoignent

L’ouvrage de Claire-Agnès Gueutin et Benjamin Zimmer donnent la parole à des professionnels du chiffre et des entrepreneurs sur leurs pratiques en matière de responsabilité sociale.

Des entreprises parviennent à concilier rentabilité et responsabilité sociale, à condition d’adopter le mode de fonctionnement adéquat. Financeurs et experts-comptables adaptent leurs méthodes, pour suivre le mouvement. Témoignages.

La preuve par l’exemple. Tel est le parti pris de l’ouvrage «Une entreprise responsable et rentable», publié par les Éditions ContentA, cet automne. Les deux auteurs, Claire-Agnès Gueutin et Benjamin Zimmer, y donnent la parole à des professionnels du chiffre, du financement et à une vingtaine d’entrepreneurs qui témoignent de leurs démarches. Parmi eux, des fondateurs d’entreprises comme Thomas Huriez, pour 1083 (jeans), Marine Billiard, pour Saint-Honoré Cleaning (service de nettoyage), mais aussi Dominique Schelcher, président directeur général de Système U. Par exemple, dans cette coopérative de commerçants indépendants, «nous n’agissons pas seulement pour nous-mêmes mais au sein de notre écosystème, en bonne intelligence avec toutes nos parties prenantes», explique Dominique Schelcher. Une démarche qui a notamment conduit l’enseigne à produire 80 % de produits de sa marque en France et à en éliminer une centaine de substances controversées. Dominique Schelcher fait l’éloge du modèle de coopérative «forme d’organisation résiliente qui a fait ses preuves sur le marché très concurrentiel de la grande distribution (…). Elle favorise la liberté, l’entrepreneuriat, l’indépendance, l’ascenseur social tout en restant à taille humaine, avec l’appui d’un réseau et une solidarité entre les associés. Aucun actionnaire n’impose de directives déconnectées du réel. Notre stratégie peut alors s’inscrire sur le long terme», décrit-t-il. La preuve ? L’enseigne est passée de la septième à la quatrième place sur le marché en dix ans. Point saillant, le modèle coopératif est indissociable de l’ancrage local de l’entreprise. «La force de nos magasins réside dans le fait que le dirigeant et les collaborateurs vivent sur ce territoire, ils connaissent leur région et leurs clients», estime Dominique Schelcher.

La comptabilité s’adapte

En complément de ces témoignages d’entrepreneurs, l’ouvrage donne également la parole aux financeurs et aux experts-comptables. À la base, en effet, la comptabilité, basée sur des normes encadrées par les règles internationales IFRS, (International financial reporting standards) se cantonne à évaluer la santé financière d’une entreprise. Prenant en compte les nouvelles démarches des sociétés, des méthodes de comptabilité s’efforcent aujourd’hui d’améliorer la lisibilité des données extra-financières, en monétarisant les externalités positives et négatives de l’entreprise. Depuis 2007, le Cabinet de Saint-Front (conseil et audit spécialisé en RSE) a conçu une «comptabilité universelle», qui intègre la gouvernance, le domaine sociétal, environnemental et social. Par exemple, l’absentéisme crée une externalité négative qui est évaluée par son coût global (remplacement, baisse de productivité…). Côté investisseurs, depuis plusieurs années, certains d’entre eux s’affranchissent de la rentabilité à court terme pour prendre en compte des informations extra-financières. C’est en particulier le cas des «fonds à impact», comme Alter Equity : il sélectionne des entreprises dont l’activité contribue à répondre à des enjeux sociaux ou environnementaux, comme la santé ou l’éducation. Fondé en 2007, il gère actuellement 150 millions d’euros, via deux fonds. En moyenne, les entreprises du premier fonds ont connu une croissance de leur chiffre d’affaires de 38 % depuis l’investissement. Et elles ont évité de produire 1,6 million de tonnes de CO2.