Frédéric Lavenir, président de l’Adie, Association pour le droit à l’initiative économique : «La crise n’a pas cassé la dynamique de la création d’entreprise»

© :Adie - Fabrice Dall’Anese «Nos créateurs sont tous très fiers de ce qu’ils font, et arborent un grand dynamisme, du volontarisme, une énergie et de l’enthousiasme par rapport à leur projet», assure Frédéric Lavenir, président de l’Adie.

La création d’entreprise pour rebondir : la 11e édition du concours Créadie met à l’honneur des entrepreneurs locaux. Le président de l’Adie, association qui les accompagne dans leurs projets, Frédéric Lavenir, souligne l’évolution de leurs motivations, sociétales ou d’intérêt général.

[NDLR : entretien réalisé avant le reconfinement]

Quelle est la finalité de l’Adie ?

Nul ne doit être empêché de créer son propre emploi par le fait qu’il serait exclu du crédit bancaire, qu’il n’aurait pas accès au bon réseau ou rencontrerait des obstacles administratifs, bancaires, psychologiques ou pratiques. La création d’entreprise doit rester accessible à tous. L’Adie défend l’idée que chacun, même sans capital, même sans diplôme, peut devenir entrepreneur s’il a accès à un crédit et à un accompagnement professionnel. C’est pour poursuivre cet objectif que cette association nationale reconnue d’utilité publique, qui compte 600 salariés et 1 400 bénévoles dans 150 antennes et plus de 200 points de contacts temporaires sur le territoire national, accompagne les créateurs d’entreprise depuis plus de 30 ans, via un dispositif de microcrédit accompagné. Les crédits accordés vont de 1 000 à 10 000 euros, sachant que plus de la moitié des entrepreneurs en France se lancent avec moins de 8 000 euros. L’accompagnement comprend à la fois du coaching individuel, de la formation et des conseils ponctuels. Ce sont des projets de poids modeste qui conduisent à des créations d’entreprises de tous secteurs, du commerce sédentaire et ambulant à la petite restauration et aux services, essentiellement les services à la personne, et de plus en plus aux petites exploitations agricoles. Ainsi, en 2019, l’Adie a financé 20 000 entreprises. À noter que 24 % des créateurs accompagnés par l’Adie n’ont aucun diplôme et 48 % vivent en dessous du seuil de pauvreté au moment de la création de leur entreprise.

Comment se porte la création d’entreprise ?

Si l’on a pu constater une baisse des créations d’entreprise pendant la crise et le confinement, en août dernier, le niveau des créations était à nouveau en croissance par rapport au mois d’août 2019. Il y avait à la fois plus de demandes et plus de financements. La bonne nouvelle est que la crise n’a donc pas cassé la dynamique de la création d’entreprise. Cela se traduit par le nombre d’entreprises que nous accompagnons chaque année, un chiffre qui est en croissance de 10 à 15 % par an. Concernant notre concours Créadie, nous avons reçu 150 dossiers en 2020 – nous avions lancé le processus avant le confinement -, ce qui est à peu près en ligne avec les années précédentes. La dynamique des candidatures a donc été finalement peu marquée par la crise.

Quels enseignements tirez-vous des lauréats de Créadie ?

La plupart de nos créateurs sont tous très fiers de ce qu’ils font, et arborent un grand dynamisme, du volontarisme, une énergie et de l’enthousiasme par rapport à leur projet. Des qualités d’autant plus fortes que nombre d’entre eux créent leur entreprise à partir de situations parfois délicates, que ce soit suite à un parcours d’intégration difficile ou d’une histoire personnelle compliquée. C’est la création d’entreprise qui leur permet de rebondir. Ainsi, l’une de nos lauréates qui a créé un food truck vient de Somalie, une autre encore a créé son épicerie mobile suite à un burn out. Ce qui est frappant, et qui est visible à la fois à travers les lauréats et les projets que l’on accompagne, c’est la motivation des créateurs : outre le besoin de générer un revenu et de devenir indépendant, apparaît une volonté de se sentir utile, d’apporter à la collectivité et de contribuer au bien commun. Ainsi, les objectifs environnementaux, de développement local et de solidarité sont profondément ancrés dans leur motivation et dans leur modèle économique. Depuis toujours, les projets soutenus par l’Adie ont une dimension locale très forte. L’un a par exemple créé une entreprise de produits cosmétiques bio à base de lait de chèvre, un autre un food truck de burgers à base de produits du terroir. Lorsque j’ai commencé en tant que bénévole au sein de l’association, il y a 30 ans, cette motivation sociétale ou d’intérêt général était très marginale, voire quasi inexistante. Depuis deux ou trois ans, cette tendance est devenue largement dominante et mise en avant. Même pour ces activités très modestes, la volonté de vendre des produits durables ou de rendre des services qui contribuent à la cohésion ou à l’intégration sociale devient une motivation de premier ordre. Tous considèrent qu’ils ont un rôle à jouer pour rendre la vie meilleure. Ces créateurs locaux et de proximité constituent ainsi un élément réel, visible et sensible du monde d’après.

Charlotte de SAINTIGNON