Un retour à l’emploi plus difficile pour les cadres seniors

En cas de perte d’emploi, les cadres les plus âgés rencontrent, comme l’ensemble des seniors, davantage d’obstacles pour se reclasser que leurs cadets. Focus sur ces difficultés et sur leurs stratégies de recherche.

48 % des cadres demandeurs d’emploi accèdent à un poste au cours des six mois suivant leur inscription sur les listes de Pôle emploi, ce taux descend à 29 % pour les cadres seniors de 55 ans et plus.
48 % des cadres demandeurs d’emploi accèdent à un poste au cours des six mois suivant leur inscription sur les listes de Pôle emploi, ce taux descend à 29 % pour les cadres seniors de 55 ans et plus.

L’accès à l’emploi des cadres diminue sensiblement avec l’âge. Ainsi, si 48 % des cadres demandeurs d’emploi accèdent à un poste au cours des six mois suivant leur inscription sur les listes de Pôle emploi, ce taux descend à 29 % pour les cadres seniors de 55 ans et plus. Ces derniers rencontreraient des difficultés pour trouver un emploi, les discriminations liées à l’âge jouant fortement. C’est ce qui ressort de la nouvelle étude de Pôle emploi et l’Apec(1). Ainsi, la quasi-totalité (89 %) d’entre eux estiment que leur recherche d’emploi est difficile. À noter que près de la moitié ont déjà connu un chômage de longue durée au cours de leur carrière, cette période de chômage n’étant donc pas toujours nouvelle pour eux.


Inadéquation des offres

En cause ? Des représentations souvent négatives chez les recruteurs(2), qui présupposent souvent que les cadres seniors ont des prétentions salariales plus élevées, une moindre adaptabilité et un horizon temporel limité par la proximité de leur retraite. Ce que confirment les DRH interrogées pour l’étude de Cooptalis : le salaire serait un frein à l’embauche des seniors pour 72 % d’entre eux(3). Un frein d’autant plus grand que seulement la moitié des cadres seniors sondés seraient prêts à faire des concessions significatives sur leur salaire. À cela s’ajoute la concurrence de jeunes cadres plus diplômés. Les recruteurs interrogés par l’Apec(4) émettent également des réserves sur la capacité des cadres seniors à maîtriser les nouveaux outils numériques et à appréhender les changements liés aux nouvelles technologies de l’information et de la communication (bureautique, réseaux sociaux, etc.). L’étude souligne ainsi que «l’âge peut être perçu par les recruteurs comme un marqueur de moindre souplesse et de moindre réactivité : ils estiment que les seniors ont plus de mal à s’adapter face aux évolutions du monde de l’entreprise et au besoin d’adaptabilité et d’acculturation rapide recherchées.» Résultant pour 81 % d’une rupture du contrat de travail à l’initiative de l’employeur, la fin de contrat de leur précédent emploi, majoritairement vécue comme «un choc», ne favorise, en outre, pas le deuil de l’emploi perdu. Pour preuve, à leur entrée au chômage, le poste recherché par les cadres seniors est souvent en miroir de l’emploi qu’ils ont perdu. Une expérience d’autant plus importante que la moitié des cadres seniors interrogés étaient en poste dans la même entreprise depuis plus de dix ans. Cette étape de bilan du poste précédent s’avère néanmoins nécessaire à l’élaboration d’un projet professionnel.


Adopter une posture d’offre de services

Pour les aider dans leurs recherches, nombre d’entre eux (83 %) ont recours à des prestations d’accompagnement, afin de développer leur connaissance du marché du travail et des codes du marché du travail, des besoins des entreprises et pour affiner leur projet professionnel. Parmi les leviers qu’ils actionnent pour surmonter les difficultés rencontrées, les cadres seniors mobilisent leur réseau, ont recours à la formation et se montrent flexibles sur leurs critères de recherche. Ainsi, près de la moitié de ceux au chômage recherchent un emploi de façon plus flexible, faisant évoluer leurs critères de recherche pour s’adapter au marché, avec en premier lieu des concessions sur le niveau de responsabilité et le temps de travail, ou sur le type d’offres ou le secteur d’activité. Ainsi, au moment de l’interrogation, six cadres sur dix étaient prêts à accepter un emploi à temps partiel, 72 % à faire des concessions sur le fait de retrouver un CDI et 84 % à envisager le recours à une autre forme d'emploi que le salariat. Que ce soit sur le secteur ou sur le métier recherché, près d'un tiers révisent également à la baisse leurs exigences sur ces critères. En revanche, ils se montrent peu mobiles, avec seulement 21 % d’entre eux qui accepteraient de déménager dans une autre région pour retrouver un emploi, ce qui réduit leurs opportunités. Finalement, face à l’ensemble des difficultés qu’ils rencontrent, une majorité reste néanmoins exigeants puisque 71 % se disent prêts à attendre afin de retrouver un emploi correspondant à leurs critères de recherche. Enfin, pour désamorcer les préjugés sur l'âge, certains n’hésitent pas à contourner cette difficulté dès le stade de la candidature : ainsi, 27 % déclarent ne pas systématiquement afficher leur âge dans leur CV. D’autres adoptent une posture «d'offre de services» et mettent en avant leur opérationnalité immédiate et leur plus grande disponibilité.

Charlotte de SAINTIGNON