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Le mécénat de compétences essaie de se frayer un chemin

Proposer à ses salariés de travailler quelques jours dans une association plutôt que de signer un chèque…la pratique du mécénat de compétences est encore marginale, mais Admical, association qui réunit les entreprises mécènes, commence à mesurer ce type d’engagement. Et des pionnières témoignent.

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Le mécénat de compétences demeure encore marginal.
Le mécénat de compétences demeure encore marginal.
Le mécénat de compétences demeure encore marginal.
Le mécénat de compétences demeure encore marginal.

Près de 24 000 entreprises pratiquent le mécénat de compétences en France, élaborant un cadre qui permet à leurs salariés d’employer un ou plusieurs jours de leur temps de travail au profit d’une cause d’intérêt commun. C’est le résultat d’une enquête menée par Admical, association qui regroupe les entreprises qui pratiquent le mécénat, et Pro Bono Lab, association spécialiste du mécénat de compétences. L’étude a été présentée lors du colloque «le mécénat de compétences, nouvelle tendance de l’engagement», le 4 septembre, à Paris. À cette occasion, diverses entreprises ont témoigné de leurs pratiques. Ce sont des pionnières, car pour l’instant, 15 % seulement des entreprises qui pratiquent déjà le mécénat optent pour cette démarche particulière, d’après l’étude. «Il faut convaincre les patrons (…) Il y a un gros effort d’information à faire auprès des ETI, des PME», estime Bénédicte Menanteau, déléguée générale d’Admical. La pratique est plutôt récente : la moitié des entreprises répondantes qui pratiquent le mécénat de compétences l’ont mis en place au cours des trois dernières années et un quart dans les douze derniers mois. Pour un tiers des sociétés, l’objectif consiste à accompagner leurs partenaires en leur fournissant des compétences, et pas seulement un apport financier. En deuxième motivation (dans un quart des cas), vient la volonté d’impliquer ses collaborateurs, voire, en troisième position, de les fédérer. Apparaît enfin, pour 7 % des répondants, le souhait de renforcer l’ancrage territorial de l’entreprise. Quant à la mise en œuvre du mécénat de compétences, elle prend des formes très diverses : le temps d’engagement accordé aux salariés varie de moins de deux jours à plus d’une semaine. Certains missions se déroulent en équipe, d’autres, en individuel. La démarche se structure un peu partout : les deux tiers des sociétés ont formalisé un dispositif spécifique concernant le mécénat de compétences, par exemple, en fixant le nombre de jours dont peuvent disposer les salariés.

«Du travail de dentelle»

À la SNCF, le quota s’élève à dix jours par an. «C’est plus qu’on attendait» se souvient Marianne Eshet, déléguée générale de la Fondation d’entreprise SNCF et à l’origine du dispositif de mécénat de compétences dans l’entreprise. Celui-ci est en place depuis un an. À la base, avec 250 000 salariés présents sur tout le territoire, l’entreprise constitue un «terreau favorable» pour ce type d’action, estime Marianne Eshet. Pour elle, le bénéfice attendu pour la Fondation, c’est une capacité d’agir accrue. Il lui a fallu convaincre. À la direction générale, «très vite on nous a donné le feu vert», raconte Marianne Eshet. Le travail de mise en place d’un référentiel avec la direction des ressources humaines a pris une année. Mais après, le «défi» c’est, comment toucher les salariés, dans une entreprise à la structure complexe. Autre souci, «la réticence des managers qui voient le mécénat de compétences comme une privation de ressources», commente Marianne Eshet. Un an après la mise sur pied du dispositif, la SNCF compte 400 salariés en mission sur tout le territoire, qui travaillent avec 120 associations partenaires. «C’est du travail de dentelle», explique la déléguée générale. Il faut en effet s’assurer que les compétences et les disponibilités du salarié répondent précisément aux besoins du partenaire… D’ici 2016, l’objectif consiste à avoir un millier de personnes en mission, à la SNCF. Ce n’est pas le cas chez Monoprix. Ici, la démarche de mécénat de compétences se construit petit à petit. «On y va en expérimentant», témoigne Karine Viel, déléguée générale de la Fondation d’entreprise Monoprix. Récemment, la fondation a démarré en créant une semaine de la solidarité en entreprise, qui se déroule en juin. À cette occasion, les salariés sont encouragés à s’engager dans l’une des huit actions solidaires proposées : accueillir des jeunes de la mission locale pour leur montrer un métier, réaliser des paquets pour les vacances des enfants et les distribuer… «Il s’agissait de toucher le plus de collaborateurs possible, quelle que soit leur sensibilité. Cela a plutôt bien fonctionné cette année», estime Karine Viel, qui espère obtenir l’adhésion des services de la communication interne et des ressources humaines. Lesquels ont pu, sur le terrain, commencer à constater l’impact fédérateur de l’opération parmi les salariés.