Association Peps

Marc Halévy : «c’est quoi ce bordel ?»

Carton plein pour l’association Peps (Promotion des entreprises du Pays du Sel) à l’occasion de sa soirée Prestige le 6 juin à la Chartreuse de Bosserville. Plus d’une centaine de personnes ont écouté, presque religieusement, le prospectiviste Marc Halévy venu disserter sur le thème «Que nous arrive-t-il ? » Décoiffant…  «J’aurais bien aimé être chartreux […]

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«Nous sommes arrivés dans une zone de rupture», assure le prospectiviste Marc Halévy.
«Nous sommes arrivés dans une zone de rupture», assure le prospectiviste Marc Halévy.

Carton plein pour l’association Peps (Promotion des entreprises du Pays du Sel) à l’occasion de sa soirée Prestige le 6 juin à la Chartreuse de Bosserville. Plus d’une centaine de personnes ont écouté, presque religieusement, le prospectiviste Marc Halévy venu disserter sur le thème «Que nous arrive-t-il ? » Décoiffant… 

«J’aurais bien aimé être chartreux ! Une vie de solitude propice pour réfléchir.» Marc Halévy était à son aise dans le cloître de la Chartreuse de Bosserville quelques minutes avant sa conférence à l’occasion de la soirée Prestige de l’association Peps (Promotion des entreprises du Pays du Sel) le 6 juin dernier. Ce prospectiviste, «chercheur d’avenir» comme il se définit, entonne depuis de nombreuses années que «ce n’est pas une crise que nous vivons mais véritablement la fin d’un modèle économique donc la fin d’un modèle sociétal et culturel.» Le chaos est-il donc pour demain ? «C’est quoi ce bordel ?», lance en introduction ce polytechnicien, physicien spécialiste des sciences de la complexité, devant un parterre de dirigeants de TPE et PME en quête de réponses face à un avenir bien brumeux.

Zone de rupture…

«L’avenir n’est écrit nulle part ! Notre monde change depuis longtemps. Il est certain qu’aujourd’hui, il existe beaucoup de convergences pour pouvoir affirmer que nous sommes dans une zone de rupture», confie avant son intervention le conférencier. «Le modernisme, ses modèles, ses valeurs, ses méthodes et ses idéaux sont moribonds. Face à la déliquescence de la féodalité rongée par la dégénérescence ecclésiale, la Renaissance avait enclenché un nouveau paradigme qui s’est, peu à peu, mondialisé par voie de colonisation. Il y eut l’humanisme du 16e siècle, qui remit l’humain au centre de la Vie. Il y eut le rationalisme du 17e siècle qui fit de cet humain un dieu sur Terre par la puissance de sa raison. Il y eut le criticisme du 18e siècle qui, par la raison, désincarna l’humain pour en faire des concepts : l’Homme, l’Humanité, le Peuple, la Nation… Il y eut le positivisme du 19e siècle qui, rationnellement, ne voulut plus reconnaître que les faits tels que perçus et évacua la métaphysique au profit du scientisme et du technologisme. Et il y eut le nihilisme du 20e siècle qui sapa, systématiquement, tout ce qui faisait valeur, et qui instrumentalisa et marchandisa tout ce qui pouvait avoir un prix… au prix de centaines de millions d’assassinats par voies militaires, idéologiques, politiques ou économiques.» Cash, brut, violente comme analyse mais tellement vérifiable aujourd’hui. «En soutenant le modèle économique financiaro-industriel et en prônant la croissance à tous prix, c’est-à-dire l’accélération forcenée de la raréfaction dramatique de toutes les ressources indispensables, en favorisant la financiarisation de la vie et la politisation de tout, les États, leurs gouvernements et leurs administrations conduisent le monde à sa perte. Cette logique suicidaire doit être combattue.» Reste à l’Homme à se reprendre en mains. «Nous avons dix ans de grande instabilité devant nous. C’est à la fois difficile et exaltant. Tout est possible.» Il n’y a plus qu’à…

emmanuel.varrier