Marché du travail : l’impact des transitions professionnelles

Les transitions professionnelles entre emploi et chômage, qui s’intensifient depuis la crise, révèlent un marché du travail à deux vitesses, selon une récente étude de France Stratégie. Les contrats courts sont devenus, pour les entreprises, une variable d’ajustement. Si la norme du contrat de travail en France reste le contrat à durée indéterminée (85,5 % […]

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Les transitions professionnelles entre emploi et chômage, qui s’intensifient depuis la crise, révèlent un marché du travail à deux vitesses, selon une récente étude de France Stratégie. Les contrats courts sont devenus, pour les entreprises, une variable d’ajustement.
Si la norme du contrat de travail en France reste le contrat à durée indéterminée (85,5 % des salariés en CDI, en 2015), la majorité des embauches se font aujourd’hui en contrats courts, entraînant une augmentation des changements de situation sur le marché du travail, donc une instabilité récurrente des parcours professionnels. L’étude de France stratégie, publiée le 10 octobre, démontre que les transitions professionnelles révèlent un marché du travail à deux vitesses, spécialement après une analyse des transitions de l’emploi vers le chômage par métier et par type de contrat. L’organisme rattaché au Premier ministre, constate d’une part, qu’une partie des actifs sont en situation d’instabilité récurrente (les jeunes et les moins qualifiés), et d’autre part que le choix d’un statut de non salarié par les chômeurs est de plus en plus fréquent : la majorité des emplois qu’ils retrouvent sont des emplois salariés à durée déterminée, le plus souvent à temps partiel. Ainsi, selon la note d’analyse, les transitions professionnelles se sont progressivement intensifiées depuis le début des années 1980, avec une part d’actifs connaissant une transition de l’emploi vers le chômage qui est passée de 12 % en 1980 à 16 % jusqu’au début des années 2000. La dernière décennie (2003-2014) ayant d’ailleurs été marquée par une fragilisation du lien salarié/employeur avec «la multiplication et le raccourcissement des contrats courts ainsi que l’augmentation des embauches récurrentes chez un même employeur». Des évolutions qui, note France Stratégie, «reflètent un changement des modes de gestion de la main–d’oeuvre par les entreprises, pour qui les contrats courts constituent des variables d’ajustement».
Les jeunes et les moins qualifiés plus exposés
Depuis la crise de 2008, la structure des transitions confirme que les allers retours entre emploi et chômage sont plus importants, (six actifs sur dix de 2008 à 2014, contre un sur deux de 2003 à 2008), d’autant que le taux de chômage de longue durée a progressé, passant de 2,5 % de la population active à 4,3 %, entre 2008 et 2015. Et les sorties vers l’emploi profitent en priorité à ceux qui sont au chômage depuis peu. Selon France Stratégie, cette tendance ne touche pas tous les actifs de la même manière, «certains sont plus exposés que d’autres, au premier rang desquels les jeunes et les moins qualifiés», qui connaissent davantage de transitions vers le chômage. À titre d’exemple, concernant les salariés en contrat a durée limitée (CDL), «ces transitions sont deux fois plus fréquentes pour un ouvrier peu qualifié que pour un cadre (20 % contre 9 %, sur la période 2008-2014)» et la probabilité d’être au chômage dans l’intervalle d’une année est dix fois moins élevée pour un salarié en contrat à durée indéterminée (CDI) que pour un salarié en intérim. Les taux de transition de l’emploi vers le chômage augmentent globalement depuis la crise, mais cette évolution varie selon les domaines professionnels (distincts des secteurs d’activité). Il ressort de l’étude que les métiers de la banque et de l’assurance ont la stabilité dans l’emploi la plus forte. En revanche, «les salariés des métiers de la communication et des arts, de l’agriculture et de l’artisanat ou de l’hôtellerie et de la restauration présentent des taux de transition de l’emploi vers le chômage beaucoup plus importants.» Le poids croissant du recours aux CDL, et leur concentration sur certains métiers et certaines catégories de travailleurs, «fragilisent une partie de la population active, principalement les jeunes et les peu qualifiés». In fine, les chances d’obtenir un CDI à horizon d’un an baissent, et restent malgré tout plus faibles pour un chômeur que pour un salarié en CDD ou en intérim.

camille.schaub et b.l