Patrick Martin, vice-président du Medef national

«Ce gouvernement doit gérer ses contradictions.»

Vice-président du Medef national depuis juillet, le chef d’entreprise de l’Ain revient sur la nécessité de réformer qui s’exprime dans l’organisation patronale et livre son point de vue sur l’action gouvernementale. Début juillet, Geoffroy Roux de Bézieux a succédé à Pierre Gattaz à la tête du Medef de France. Vous êtes son vice-président. Avez-vous, à […]

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À 58 ans, Patrick Martin a présidé le Medef de Rhône-Alpes-Auvergne. Il dirige l’entreprise familiale Martin Belaysoud Expansion, dont le siège est à Bourg-en-Bresse (Ain). Elle œuvre dans les fournitures pour le bâtiment et l’industrie.

Vice-président du Medef national depuis juillet, le chef d’entreprise de l’Ain revient sur la nécessité de réformer qui s’exprime dans l’organisation patronale et livre son point de vue sur l’action gouvernementale.

Début juillet, Geoffroy Roux de Bézieux a succédé à Pierre Gattaz à la tête du Medef de France. Vous êtes son vice-président. Avez-vous, à ce titre, des domaines qui vous incombent plus particulièrement ?

Même s’il n’y a pas de répartition des rôles au sein de cette gouvernance, je suis néanmoins particulièrement concerné par le sujet de la réforme du Medef, qui est extrêmement intéressant. Il y a, de la part de nos adhérents, mais aussi de notre environnement, une prise de conscience collective que le Medef est important mais qu’il doit évoluer, parce que notre environnement évolue, les chefs d’entreprise évoluent, les attentes de nos concitoyens évoluent…

Comment expliquez-vous le débat qui s’est fait jour, au moment de l’élection de Geoffroy Roux de Bézieux, remettant en cause l’existence même du Medef ?

Ce qui vaut pour le Medef vaut pour toutes les institutions et j’irais même jusqu’à dire que cela vaut pour l’organisme humain : il est dans la nature des choses que nous évoluions. Le Medef s’était peut-être un peu figé, en termes de capacité de réflexion, de doctrine, de mode de fonctionnement, alors qu’il se trouve dans un monde en mouvement. De la même manière qu’une entreprise, il doit, à un moment donné, s’interroger sur lui-même, se repositionner. Donc, cette question n’est pas anxiogène, elle est plutôt stimulante.

Quels pourraient être les axes de renouvellement du Medef ?

Il y a un premier pan qui fait consensus dans nos rangs, qui est de mieux faire valoir ce que nous sommes et, au-delà, de réfléchir aux grandes évolutions du monde. Les entreprises sont des actrices importantes de la vie citoyenne, notamment sur le plan de la transition écologique, de l’évolution du travail… Nous allons donc réinvestir massivement ces champs-là en nous adjoignant des compétences éminentes de grands intellectuels et de penseurs et en n’hésitant pas, comme nous l’avons démontré lors de notre dernière université d’été [ndlr : les 28 et 29 août, à Jouy-en-Josas], à confronter et enrichir nos idées auprès d’interlocuteurs qui ne nous sont pas naturels, et qui, pour certains d’entre eux, sont même opposés au Medef.

Il y a un second champ de réformes sur lequel nous avons également commencé à avancer, qui consiste à «oxygéner» le Medef. C’est une structure vraiment représentative qui a beaucoup de qualités, une vraie influence mais il lui arrive parfois d’être dans des postures un peu défensives et d’avoir des fonctionnements trop institutionnels. Nous allons donc mieux impliquer nos adhérents dans la gouvernance du Medef et territorialiser son fonctionnement. J’ai cette sensibilité territoriale, non pas par anti-parisianisme, car il se passe beaucoup de choses à Paris, mais parce qu’il s’en passe autant dans nos régions. Nous voulons fédérer toutes les bonnes volontés et diversifier nos compétences et nos cadres de réflexion.

Comment vous inscrivez-vous aujourd’hui dans le contexte que l’on connaît, avec, d’un côté, une rentrée compliquée pour le gouvernement et en parallèle, la volonté de ce même gouvernement d’afficher un virage social prononcé ? Cela se traduit notamment par un report de baisses de cotisations patronales à l’automne 2019…

Nous ne percevons pas un changement d’attitude gouvernementale. Nous sommes bien placés pour savoir que le gouvernement a des projets de réforme extrêmement importants, je pense notamment à la réforme des retraites, à celle de l’assurance-chômage, à la loi Pacte… Donc nous ne doutons pas des intentions réformatrices du président de la République et du gouvernement. Néanmoins, ce dernier se heurte aussi à des réalités budgétaires qui sont plus compliquées qu’il ne les imaginait, parce que la croissance est un peu inférieure à ses prévisions.

Par ailleurs, il faut dire les choses : ce gouvernement doit gérer ses contradictions, et la réforme qu’il souhaite pour le pays, il doit l’appliquer à l’État lui-même. Tant que la réforme de l’état n’aura pas été menée et que des marges de manœuvre n’auront pas été retrouvées, et je pense aussi aux collectivités publiques très endettées et déficitaires, toutes les réformes risquent d’apparaître comme des montagnes accouchant de souris. Nous sommes demandeurs de vraies réformes.

Plus globalement, comment ressentez-vous le regard que la société française dans son ensemble porte sur les dirigeants d’entreprise et sur l’entreprise ?

Il y a une sorte de paradoxe : l’image de l’entreprise s’améliore sans cesse dans l’opinion, plus particulièrement celle des PME. C’est un peu comme pour les élus, les maires ont une bonne image mais pas les élus nationaux.

Le Medef, en tant qu’organisation patronale, n’a pas une très bonne image. En soi, ce n’est pas très grave, mais ça peut le devenir à partir du moment où, derrière cette image un peu dégradée – et injuste -, nos concitoyens peuvent avoir une mauvaise image de l’entreprise. Or, vous pouvez tourner le sujet dans tous les sens : les entreprises sont innovantes, elles sont les seules à créer de l’emploi, ce n’est plus le cas des collectivités. Redorer le blason du Medef, mais surtout des entreprises, c’est un véritable enjeu pour nous, afin que nos concitoyens comprennent qu’il est de leur intérêt que les entreprises fonctionnent bien.

Sur la question du chômage qui demeure persistant en France, à un niveau relativement élevé par rapport à nos partenaires européens, quelle est, aujourd’hui, la position du Medef ?

Nous prenons acte du niveau insupportable, économiquement et socialement, du chômage en France, de sa persistance, et d’un régime d’assurance-chômage extrêmement endetté et déficitaire. On ne peut pas éternellement se gratter la tête face à ce sujet. Le Medef va prendre ses responsabilités sur la question, mais il faut que tous les acteurs concernés fassent de même. On ne peut plus continuer sur ce schéma-là. Cela ne signifie pas un «big bang», mais il faut remettre complètement à plat le système pour que notre pays ait les performances sociales qu’il mérite.

Vous avez vous-même été candidat à la présidence du Medef, avant de vous retirer avant le scrutin final. Que retenez-vous de la campagne et de l’élection ?

Il y a eu de vrais débats démocratiques, très riches, intenses, parfois même rudes entre les candidats, mais il en ressort énormément de choses. J’ai beaucoup appris sur le plan personnel. C’est une expérience édifiante. Il est sorti des idées de cette campagne. Quand je parle des réflexions fondamentales que nous engageons sur la performance du pays, celle des entreprises, ou de la réforme du Medef, il s’agit de réflexions qui ont été enrichies par les débats, les critiques ou les propositions exprimées durant la campagne.

 

Propos recueillis par Berty Robert (Journal du Palais) pour RésoHebdoEco : wwwfacebook.com/resohebdoeco.