Le gouvernement lance un plan massif de soutien au tourisme

© Conseil régional Grand Est

Le Premier ministre, Édouard Philippe, a annoncé un plan à hauteur de 18 milliards d’euros pour le tourisme. Plutôt bien accueilli par les professionnels, il a aussi suscité des critiques… Et tout est loin d’être clair.

La réponse à la question que tout le monde se pose est oui : les Français pourront partir en vacances en juillet et en août. Le 14 mai, Édouard Philippe a dévoilé le plan de relance «massif» dédié au secteur du tourisme, ainsi que des informations concernant spécifiquement les cafés et restaurants… «Le tourisme fait probablement face à la pire épreuve de son histoire moderne, alors même que c’est un des fleurons de l’économie française, son sauvetage est donc une priorité nationale», a déclaré le Premier ministre, à l’issue d’un comité interministériel dédié au secteur. Ce dernier représente quelque deux millions d’emplois directs et indirects et 7,5 % du PIB, soit 169 milliards d’euros de recettes dont 58 milliards au titre de la fréquentation étrangère. Au total, le gouvernement engage 18 milliards d’euros. Les régions et les assureurs ont apporté leur contribution. Axe structurant du plan, «aider la trésorerie c’est important, mais il faut également permettre le redémarrage de l’investissement, c’est pourquoi un plan d’investissement accompagne ce plan global», a déclaré Édouard Philippe. Les investisseurs institutionnels, la Caisse des dépôts, via la Banque des Territoires, et Bpifrance, la banque publique d’investissement, se mobilisent à hauteur de 1,3 milliard d’euros. Le gouvernement escompte que ces sommes attirent 6,7 milliards d’euros de capitaux privés. En complément du volet financier, Bpifrance accompagnera 1 500 chefs d’entreprise pour faire monter en puissance leur activité. Par ailleurs, les entreprises sont invitées à investir elles-mêmes : un prêt garanti par l’État, «PGE saison» est mis en place, aux conditions plus avantageuses que le PGE normal. Son plafond est plus élevé : il peut atteindre les trois meilleurs mois de l’année 2019, au lieu de 25 % du chiffre d’affaires de l’année passée.

L’accès au fonds de solidarité prolongé et élargi

Outre cet effort d’investissement, le plan de relance gouvernemental prévoit la poursuite ou l’élargissement de certaines dispositions prises à la mi-mars, et qui visaient, pour l’essentiel, à soulager la trésorerie des entreprises. C’est en particulier le cas du recours à l’activité partielle : les entreprises du tourisme et de l’événementiel pourront continuer à l’obtenir dans les mêmes conditions qu’aujourd’hui, jusqu’à la fin du mois de septembre 2020. Au-delà, les conditions seront revues en fonction du niveau de leur activité. L’accès au fonds de solidarité est prolongé jusqu’à la fin de l’année. Il est aussi élargi à des entreprises de plus grande taille (jusqu’à 20 salariés et 2 millions d’euros de chiffres d’affaires). L’aide à laquelle il pourra donner droit sera augmentée jusqu’à 10 000 euros. Par ailleurs, les TPE et PME du secteur seront exonérés de cotisations sociales patronales des mois de mars à juin. Une mesure qui représente 2,2 milliards d’euros et qui inclut le secteur des cars et bus de tourisme, vient de préciser Bercy. Quant aux ETI (entreprises de taille intermédiaire) et aux grandes entreprises qui n’ont pas bénéficié d’exonération automatique des cotisations, il leur sera possible d’obtenir des étalements pour les cotisations reportées, voire, de solliciter des annulations. Depuis mi-mars, la filière, à l’arrêt, avait déjà bénéficié des mesures d’urgence, et notamment de 6,2 milliards d’euros de PGE pré-accordés à 50 000 entreprises du secteur, soit près de 10 % du total des PGE. Ce 14 mai, Édouard Philippe a également annoncé des mesures spécifiques pour les cafés et restaurants. Ces derniers pourront rouvrir le 2 juin, du moins dans les départements classés verts, et sous réserve de l’évolution de l’épidémie. Et, pour inciter les Français à retourner dans les restaurants, le plafond journalier des tickets-restaurant sera doublé, passant de 19 à 38 euros. Ils seront utilisables les week-ends et jours fériés, jusqu’à la fin de l’année.

Massif, oui, mais aussi largement perfectible

Globalement, le plan a été plutôt bien accueilli, mais avec de nombreuses réserves. Ainsi, Régions de France salue le «niveau d’ambition porté par le plan tourisme», quand la CPME reconnaît son caractère «massif» et se réjouit de la «visibilité» donnée avec la réouverture probable des cafés et restaurants, à partir de juin, dans les zones vertes. La Confédération des PME insiste toutefois sur la nécessité de «déterminer des conditions sanitaires de réouverture réalistes et applicables.» Quant à la commission des Affaires économiques du Sénat, elle rappelle que «de nombreux points restent encore à éclaircir. À commencer par le début : le périmètre concret de ce que le Gouvernement appelle «tourisme», car de nombreux professionnels – par exemple dans l’approvisionnement ou l’entretien – s’interrogent sur ce point». Et les réactions sont également sectorielles. Les deux organisations patronales de l’hôtellerie-restauration, l’Umih (Union des métiers et industries de l’hôtellerie) et le GNI (Groupement national des indépendants hôtellerie-restauration), regrettent ainsi que le plan gouvernemental repose essentiellement «sur de la dette qu’il faudra rembourser.» Quant au SNELAC, le Syndicat national des espaces de loisirs, d’attractions et culturels, il a haussé le ton : des parcs comme Eurodisney, ou Parc Astérix ne savent pas à quelle date ils pourront rouvrir ! «Hier encore, nos contacts à l’Élysée se disaient très confiants sur le fait que nous pourrions rouvrir début juin. Mais visiblement, ce n’est pas l’Élysée qui décide, c’est Matignon», expliquait Arnaud Bennet, président du syndicat, dans l’hebdomadaire Le Point du 14 mai. Le lendemain, lors d’une conférence de presse, Nicolas Dayot, président de la FNHPA, Fédération nationale de l’hôtellerie de plein air, n’avait pas non plus de date officiellement confirmée, mais tablait sur début juin : «nous pensons que l’été va pouvoir se faire, les campings se préparent à l’ouverture.» Les protocoles sanitaires élaborés par la profession n’ont pas encore été validés. Mais les campings représentant la moitié de l’hébergement marchand en France, il est en effet probable qu’ils ouvrent…

Parcs régionaux : moteur de redémarrage dans le Grand Est

Cela a redémarré, timidement, mais cela redémarre ! Les premiers longs week-ends de l’Ascension et de la Pentecôte ont redonné, sensiblement, le sourire aux professionnels du tourisme dans la région Grand Est. Si bon nombre de sites ont rouverts en adaptant leur mode de visite et d’accueil, il n’en demeure pas moins que l’affluence n’a rien à voir avec une situation classique. Un genre de période de tests pour peaufiner l’adaptation plus que nécessaire. Les choses sont loin d’être des plus réjouissantes et bon nombre d’incertitudes demeurent au niveau du redémarrage, notamment, de l’hôtellerie et de la restauration. Le secteur du tourisme pèse 6 % du PIB de la région et emploie près de 92 000 personnes. Début mai, les différentes organisations professionnelles du secteur assuraient que la baisse du chiffre d’affaires par rapport à l’an passé pourrait afficher 80 % si différents freins et interdictions d’ouverture n’étaient pas levés. Un plan de rebond a été mis en œuvre particulièrement avec l’Agence régionale du tourisme Grand Est, pour tenter de redonner un peu d’oxygène à des entreprises aujourd’hui complètement asphyxiées. Le tourisme de proximité et local s’affiche comme l’une des cartes maîtresses. Les six parcs naturels régionaux (parcs naturels des Ardennes, des Ballons des Vosges, de la Forêt d’Orient, de Lorraine, de la Montagne de Reims et des Vosges du Nord) sont les têtes de pont de cette nouvelle dynamique souhaitée. Une convention «inter-parcs» a été signée en commission permanente du Conseil régional mi-mai. Six programmes d’action 2020-2022 spécifiques aux parcs naturels régionaux viennent d’être lancés pour «permettre de mieux répondre aux attentes locales et d’intégrer les priorités régionales», assure l’exécutif régional. L’écotourisme s’impose comme un des moteurs de redémarrage. «Les parcs naturels régionaux doivent être une vitrine de la transition écologique, ce qui permettra de renforcer le développement et l’attractivité des territoires qu’ils recouvrent.» Le secteur touristique va entrer dans le dur de sa saison avec l’approche de la période estivale. La réouverture et la mise en œuvre de nouvelles stratégies d’accueil sur les différents sites deviennent au fil des jours une réalité, reste à savoir si la captation d’une clientèle de proximité, et par la suite nationale, sera réellement au rendez-vous.  2020 s’annonce déjà comme une année morte pour bon nombre de professionnels du secteur. Reste à construire l’après !

Un guichet unique numérique pour les entreprises du secteur

Le site internet www.plan-tourisme.fr est destiné à rendre accessible aux entreprises les dispositifs de soutien et les contacts utiles pour les entreprises du secteur. Elles y trouveront les mesures proposées par la Banque des Territoires et par Bpifrance.

Anne DAUBRÉE et Emmanuel VARRIER