Attractivité

La France, attractive pour les capitaux étrangers ?

Attirer les capitaux étrangers pour contribuer à la reprise économique ? Préserver sa souveraineté économique ? Le gouvernement cherche à jongler entre ces impératifs contradictoires…

Une reprise économique grâce à l’attraction de capitaux étrangers et en même temps préserver la souveraineté économique du pays, dilemme de taille pour le gouvernement français…
Une reprise économique grâce à l’attraction de capitaux étrangers et en même temps préserver la souveraineté économique du pays, dilemme de taille pour le gouvernement français…

Tapis rouge à l’Élysée, porte close à Bercy... Le 25 janvier, Emmanuel Macron organisait une visioconférence avec d'importants chefs d'entreprise étrangers, potentiels contributeurs à la relance en France... C'était la version numérique du rendez-vous «Choose France», que, depuis trois ans, le chef de l’État organise sous les ors de Versailles. Objectif de départ : accroître l'attractivité de la France. Avant que ne survienne la pandémie, les résultats étaient là, d'après le «Baromètre EY de l’attractivité de la France 2020». En 2019, pour la première fois, la France était devenue la première destination en Europe des investissements étrangers, passant devant le Royaume-Uni et l'Allemagne, ses concurrents historiques. L'Hexagone avait enregistré 1 197 projets d'implantations étrangères sur son territoire, un chiffre en hausse de 17 % par rapport à 2018. Transformation du CICE en baisse de cotisations sociales, ordonnances travail, facilités de visa pour les entrepreneurs de la tech... Autant de mesures «pro business», qui avaient séduit les entreprises étrangères. Mais la crise née de la Covid-19 a bouleversé la donne. Les investisseurs étrangers modifient leur stratégie. D'après EY, en mai dernier, ils déclaraient que 65 % seulement de leurs investissements annoncés en 2019, en France, seraient maintenus. 25 % seraient reportés ou fortement révisés et 10 % annulés. Au total, les projets d'investissements devraient donc se réduire par rapport aux prévisions, à l'exception de ceux concernant les secteurs actuellement porteurs de la santé, des loisirs en ligne ou de l'e-commerce. Pour tenter de rassurer ces entrepreneurs, le 25 janvier, Emmanuel Macron a tenu à «réaffirmer que notre stratégie économique est de mener des réformes profondes pour notre pays et d'être pro-business. (…). Le taux d’impôt sur les sociétés sera abaissé pour attendre 25 % l’année prochaine, cela a été voté. Nous n’allons pas non plus revenir sur la suppression de l'impôt sur la fortune. Nous baissons également les taxes sur la production d'environ 10 milliards d’euros par an, ce qui est tout à fait sans précédent.»

100 milliards, mais des barrières à certaines entrées

Argument supplémentaire, le président a également évoqué le «plan de relance qui s'appelle «France Relance» de 100 milliards d’euros.» Par exemple, les entreprises à capitaux étrangers installées en France peuvent participer à des appels à projets «Soutien à l’investissement industriel dans les territoires», de Bercy. L'opération séduction s'impose : en 2020, les flux mondiaux d'investissements étrangers directs devraient baisser de 40 %, en volume, par rapport à l'année précédente, d'après la CNUCED, Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement. Or, au niveau européen, la concurrence promet d'être rude : chaque pays s'est doté de son propre plan de relance. Pour la France, plusieurs signes pourraient inquiéter les investisseurs étrangers. C'est le cas de la fermeture des entrepôts d'Amazon, en avril 2020, durant plusieurs semaines, suite à une décision de la Cour d'appel de Versailles. Celle-ci sommait le groupe de procéder à une évaluation des risques liés au coronavirus au sein de l’entreprise et de réduire son activité d’ici là, sous peine d'amende. Autre signal potentiellement inquiétant : le veto mis par Bercy au rachat de Carrefour, par le groupe canadien Alimentation Couche-Tard, ce mois de janvier, au nom de la sécurité alimentaire des Français, et de la protection des filières agricoles. Car la nécessité d'attirer des capitaux étrangers se heurte à un autre impératif, celui d'éviter la prise de contrôle d'entreprises stratégiques par des capitaux étrangers. Le risque s'est accru durant la crise. D'après une étude du METI, Mouvement des entreprises de taille intermédiaire, menée durant la pandémie, 11 % des ETI ont fait récemment l’objet de tentatives étrangères d’entrée au capital et 11,5 %, de tentatives étrangères de rachat. Et le 29 avril 2020, le gouvernement a durcit les procédures d'autorisation préalable aux investissements étrangers (IEF) : son seuil de déclenchement a été abaissé de 25 % à 10 % de détention des droits de vote dans les entreprises cotées.