La situation contrastée de l’emploi au sein de la zone euro

Derrière le niveau historiquement bas atteint par le taux de chômage au sein de la zone euro se cachent des situations contrastées, selon les pays, et de nombreuses questions concernant le niveau des salaires, la qualité de l’emploi…

Si le taux de chômage est historiquement bas en Europe, de nombres disparités existent dans la zone euro.
Si le taux de chômage est historiquement bas en Europe, de nombres disparités existent dans la zone euro.

7 % : c’est le taux de chômage corrigé des variations saisonnières de la zone euro en décembre 2021, le niveau le plus bas historiquement ! Il en est de même pour le taux de chômage des jeunes, qui a atteint 14,9 %, même si ce dernier indicateur apporte beaucoup moins d’informations, en raison du grand nombre d’entre eux encore étudiants. Le commissaire européen à l’Économie, Paolo Gentiloni, s’en est d’ailleurs félicité : «La zone euro a fini 2021 - l’année après la pire récession depuis la Seconde Guerre mondiale - avec son plus faible taux de chômage jamais atteint. Un témoignage du succès de notre réponse collective à cette crise.» Mais quelle est la réalité de l’emploi derrière ces bons chiffres ?


Une baisse quasi généralisée du taux de chômage

Si le taux de chômage est très faible en Allemagne (3,2 %) et aux Pays-Bas (3,8 %), il l’est beaucoup moins en France (7,4 %), en Italie (9 %) et en Espagne (13 %). Cela rappelle une nouvelle fois l’hétérogénéité existant au sein de la zone euro, qui complique tellement la mise en œuvre des politiques économiques communautaires. Quoi qu’il en soit, cette baisse quasi généralisée du taux de chômage (à l’exception de la Lettonie) est accueillie avec soulagement par les dirigeants politiques européens, qui craignaient le pire. Les gouvernements auront su apporter les soutiens publics nécessaires, notamment au moyen de l’indemnisation du chômage partiel au plus fort de la pandémie, des aides d’urgence et des dispositifs sectoriels (baisses d’impôts, prêts garantis par l’État…). Autant de mesures qui ont permis de préserver la trésorerie des entreprises et leur rentabilité, parfois au-delà du raisonnable dans le cas des entreprises zombies (entreprises déjà non rentables avant la crise). Par ailleurs, cette baisse du taux de chômage s’est accompagnée d’un fort dynamisme de la création d’emplois salariés (quid cependant de la qualité de ces emplois ?), ce qui démontre la nature particulière de cette crise. Dès lors, les comparaisons avec les précédentes crises sont sans fondement, la situation actuelle résultant avant tout d’une décision politique de mettre à l’arrêt des capacités de production existantes, par crainte des effets de la Covid-19, et non d’un dérèglement du capitalisme.


Revendications salariales

Néanmoins, cette baisse du taux de chômage ne s’accompagne pas pour l’instant d’une hausse généralisée des salaires. Tout au plus, l’Espagne, le Royaume-Uni et l’Allemagne ont-ils pris la décision, très médiatique, d’augmenter fortement leur salaire minimum, poussés en cela par la hausse des prix à la consommation qui alimente la grogne sociale. Mais de là à penser que cette hausse se diffusera dans toute l’échelle des salaires, rien n’est certain. Tout dépendra du pouvoir de négociation des salariés, en particulier dans les pays où la reprise économique est la plus marquée, d’autant que de nombreux secteurs d’activité peinent à recruter de la main-d’œuvre. Mais pour l’instant, même en Allemagne, les revendications salariales restent très modestes.


La situation en France

En France, où «l’inversion de la courbe du chômage» tient une place prépondérante dans le débat politique depuis François Hollande, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire a fait preuve d’un enthousiasme démesuré : «Les meilleures années de la France sont devant elle. Nous avons la possibilité d’atteindre le plein emploi pour la première fois depuis un demi-siècle.» Rappelons tout de même que le dynamisme de la création d’emplois entre 2017 et fin 2021 doit être relativisé au regard des bien meilleures performances de nos partenaires européens. C’est surtout l’emploi non salarié qui a connu une forte augmentation, mais est-ce vraiment une bonne nouvelle lorsque ce statut ne s’accompagne pas systématiquement de revenus réguliers suffisants ? En outre, entre 2019 et 2021, la hausse des créations d’emplois a été supérieure à celle de l’activité, ce qui signifie avant tout que les gains de productivité sont négatifs. Il n’est donc pas certain que les entreprises continueront à embaucher dans les prochains temps et d’aucuns commencent déjà à se demander si les mesures d’aides - le «quoi qu’il en coûte» - n’auraient pas juste servi à différer un peu les faillites et licenciements… À moins que les entreprises ne prennent le pari de garder des sureffectifs pour répondre à une demande anticipée en hausse en 2022 et 2023. Bref, sur le front de l’emploi, il s’agit certes d’une embellie dans la zone euro, mais pas encore du printemps !