Les entreprises à la recherche de compétences en technologies émergentes

Métiers pénuriques, compétences recherchées par les entreprises… Un récent webinaire de l'Institut Mines-Telecom Business School sur la thématique : «Innovations, transformations, relance : l'impératif des compétences» a fait le point sur les enjeux de la formation professionnelle.

C’est dans la sphère des compétences digitales que les besoins en formation s’affichent comme importants et vitaux…
C’est dans la sphère des compétences digitales que les besoins en formation s’affichent comme importants et vitaux…

Près de la moitié des professionnels (49 %) estiment que leur entreprise ne dispose pas des compétences digitales requises pour 2025, selon l’Observatoire des métiers du futur(*). «Les écoles et organismes de formation doivent s’adapter pour répondre à cette quête de compétences, en proposant des programmes ad hoc et en étant visionnaires», indique Anne Sultan, associée du cabinet Deloitte, lors du webinaire organisé par l’Institut Mines-Télécom Business School (IMT-BS). «Les bouleversements technologiques et l’accélération des innovations induisent une nécessité de se former tout au long de la vie», poursuit Romuald Gallet, directeur de la formation continue de l'Executive Education de l’IMT-BS. De nombreux métiers sont ainsi «en tension», dont plus de la moitié seraient issus du numérique, selon le baromètre France Compétences, et les compétences technologiques sont aujourd’hui très sollicitées.

Sécurité des données et responsabilité numérique

L’étude Future of Jobs 2020 du World Economic forum classe les métiers de l’intelligence artificielle et de la data en tête des métiers qui se développent le plus aujourd’hui. Anne Sultan le constate au quotidien dans les appels d’offres qu’elle reçoit : «des prestations de gouvernance ou de sécurité des données, notamment avec la réglementation RGPD, d’automatisation d’analyse et d’aide à la décision, via l’intelligence artificielle, sont de plus en plus demandées.» C’est le signe que les entreprises ont besoin de ces compétences et n’en disposent pas forcément en interne. Les compétences en technologies émergentes comme le cloud, l’automatisation robotisée des processus (RPA) se positionnent dans le top 5 des compétences IT les plus recherchées aujourd’hui, selon une étude de l’entreprise américaine de conseil et de recherche Gartner. Autre compétence en tension, particulièrement accentuée par la crise : la cybersécurité. «Les attaques cyber sont de plus en plus nombreuses, inventives et pernicieuses.» Selon l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (Anssi), les attaques criminelles visant des opérateurs d’importance vitale ont quadruplé en France entre 2019 et 2020. Le troisième besoin serait plutôt lié à la prise de conscience sur le développement durable et les enjeux sociétaux et environnementaux. La charte du numérique responsable a été signée par plus de cent entreprises, de tous secteurs et de toutes tailles. «Le niveau de maturité des entreprises françaises progresse, mais l’on constate un déficit de compétences dans ce domaine. Très peu d’écoles intègre un volet green IT, alors que c’est un sujet d’avenir majeur», argue Anne Sultan. L'accélération de la transformation digitale fait ainsi apparaître de nouveaux métiers et émerger des enjeux éthiques et environnementaux inédits.

La formation aux mains des salariés

En face, les salariés doivent dorénavant être moteurs sur leurs formations, s’accordent à dire les experts, la réforme de la formation professionnelle ayant dérégulé le marché. «Les entreprises doivent concevoir l’action de formation comme un investissement. On est face à un paradoxe entre le développement des compétences attendues pour garantir l’employabilité ou l’insertion professionnelle et le fait que l’acte de formation soit désormais dans les seules mains du salarié», indique Élodie Cavigioli, consultante en stratégie et ingénierie de formation, qualité et certification, au sein du cabinet Lafayette Associés. Les individus sont dorénavant responsables de leur évolution professionnelle avec l’application myCPF. «On compte 38 millions de comptes ouverts où les salariés disposent en moyenne de 1 340 euros», détaille Élodie Cavigioli. D’un autre côté, conformément au Code du travail (article L .6321-1), l’employeur est tenu d’organiser la formation de ses salariés en vue de leur adaptation à leur poste de travail. Près d’un actif sur deux souhaite suivre une formation professionnelle dans l’année à venir(**). 49 % des actifs souhaitent changer d’emploi à plus ou moins long terme et un tiers y pensent pour les deux années à venir, selon la deuxième édition du baromètre de la formation et de l’emploi de Centre Inffo(***). De leur côté les organismes de formation doivent constituer de véritables business partners pour les entreprises. «De prestataires de formations, ils doivent devenir des opérateurs de compétences, avec un référentiel commun pour toutes les compétences et permettre aux actifs de construire des parcours de formation et professionnels sur mesure», résume Romuald Gallet.

(*) Enquête en ligne réalisée auprès de 302 participants, de novembre 2019 à mars 2020.

(**) Enquête Web réalisée par l'Institut BVA, du 18 au 24 novembre 2020, auprès d'un échantillon représentatif de 1 000 actifs.

(***) Baromètre réalisé en janvier 2021, auprès de 1 600 actifs français, en partenariat avec le CSA.

                                                                                                                                            Charlotte de SAINTIGNON