Les ETI, clé pour réindustrialiser la France ?

Les entreprises de taille intermédiaire... Longtemps enviées à l'Allemagne, ces entreprises stratégiques pour l'économie font depuis deux ans l'objet d'une politique publique spécifique. Leurs caractéristiques en font un atout pour la réindustrialisation du pays, d'après Bercy.

Au niveau industriel, la France compte 1 738 ETI, qui regroupent 38 % des salariés de ce secteur sur 20 000 sites.
Au niveau industriel, la France compte 1 738 ETI, qui regroupent 38 % des salariés de ce secteur sur 20 000 sites.

Après la «start-up Nation», la Nation des ETI (Entreprises de taille intermédiaire). Le 4 janvier, à Bercy, une rencontre était consacrée à la «stratégie de la Nation pour les entreprises intermédiaires», réunissant des représentants de ces dernières et plusieurs ministres. Parmi eux, Bruno Le Maire, ministre de l'Économie, a rappelé que les ETI (qui emploient entre 250 et 5 000 salariés ou génèrent un chiffre d'affaires égal ou inférieur à 1,5 milliard d'euros) constituent un «pivot de l'activité économique.» La France compte 5 417 de ces entreprises qui emploient trois millions de salariés. Elles concentrent 34 % du chiffre d'affaires à l'export, 30 % des investissements privés, et 23 % de ceux en recherche & développement. Pour l'avenir, «les ETI doivent devenir le fer de lance de la reconquête industrielle française. (...) Tout cela est possible», a poursuivi Bruno Le Maire. En effet, ces sociétés présentent les caractéristiques adéquates pour remplir cet objectif, a argumenté Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée auprès du ministre de l'Économie, des Finances et de la Relance, chargée de l'Industrie : «elles disposent d'un capital patient, avec, souvent des actionnaires familiaux qui sont installés sur le territoire pour lequel ils nourrissent un attachement. Ils ne vont pas, du jour au lendemain, arbitrer la localisation de la production dans un pays ou un autre, en fonction des coûts.» Pour l'instant, au niveau industriel, la France compte 1 738 ETI, qui regroupent 38 % des salariés de ce secteur sur 20 000 sites. Leur activité représente 35 % de la valeur ajoutée industrielle du pays. Lors de la rencontre à Bercy, deux entrepreneurs de secteurs très différents ont témoigné de leur volonté de développer ou conserver leur activité en France. Qu'il s'agisse de création d'emplois locaux ou de bilan carbone de la production (transports compris), «nous sommes une génération concernée par les sujets RSE», a déclaré Nelly Hemmo Haladjian, directrice générale de Haléco, entreprise spécialisée dans la distribution de produits destinés à la protection de l’environnement pour les professionnels. C'est également le positionnement de Dimitri Dewavrin, président du directoire de Dewavrin Cosmetics (Hauts-de-France). Il représente la 7e génération de cette société familiale fondée en 1842, qui propose produits cosmétiques et compléments alimentaires. Un domaine pour lequel le Made in France constitue un atout, en termes d'image.


Une compétitivité sectorielle différenciée

La situation est en revanche beaucoup moins favorable pour Haléco qui dispose de marges beaucoup plus réduites... La société entendait acheter une fonderie bretonne, afin de procéder à une intégration verticale. «On y travaille, mais pour l'instant, ce n'est pas fait. (…) En décortiquant les coûts, on s'est rendu compte que cela n'était pas possible. (…) Réindustrialiser la France est une belle ambition. Nous sommes sur la bonne voie, mais il faut aller plus loin», explique Nelly Hemmo Haladjian. L'avis est partagé par Agnès Pannier-Runacher : «il faut travailler la compétitivité du site France», admet-elle. Les ministres ont toutefois évoqué les mesures de politique publique déjà prises qui ont favorisé l'activité des ETI : ces dernières sont les principales bénéficiaires du plan de relance, d'après Bercy. 469 des 1 738 ETI industrielles ont remporté des appels à projets dans ce cadre. Plus globalement, sur les 10 milliards d'euros de baisse annuelle des impôts de production, les ETI sont concernées à hauteur de 4,1 milliards. Et d'autres dispositifs encore les ont soutenues : réforme du droit du travail et du dialogue social, réforme de la fiscalité du capital... Le pacte Dutreuil sur la transmission des entreprises a été assoupli. De plus, depuis janvier 2020, la «Stratégie Nation ETI» a été mise sur pied. Une première depuis 2008, date à laquelle cette catégorie d'entreprises a été créée par la loi de Modernisation de l'économie. La stratégie a notamment visé à rapprocher entreprises et administration, pour favoriser une forme de coopération. Il s'agit de «passer d'une culture contrôleur contrôlé à une culture de partenariat», commente Olivier Schiller, vice-président du Meti, Mouvement des entreprises de taille intermédiaire, qui se réjouit du changement. Bercy prévoit un développement ultérieur de cette stratégie, pour favoriser encore le développement des ETI, au travers d'une dizaine d'actions, dont la création de référents ETI dans les services économiques en régions.

Anne DAUBRÉE