Les petites villes affichent des ambitions nouvelles

Propulsées sur le devant de la scène par le rééquilibrage territorial boosté par la pandémie, les petites villes demandent à ce que leur voix et leurs besoins - médicaux, notamment - soient mieux pris en compte. Dans le cadre des élections présidentielles, l'APVF, Association des petites villes de France, a présenté son «Manifeste».

© Anne DAUDRÉE
© Anne DAUDRÉE

«Nous souhaitons que le prochain quinquennat soit l'occasion de retrouvailles entre collectivités locales et État», a déclaré Christophe Bouillon, président de l'APVF, Association des petites villes de France, le 1er mars dernier, à Paris, lors d'une conférence de presse. C'était à l'occasion de la présentation du «Manifeste» de l'association, laquelle regroupe 1 200 villes de 2 500 à 25 000 habitants. En France, ces communes concentrent environ 40 % de la population (2020). Dans le cadre des élections présidentielles, l'APVF a exprimé des propositions pour améliorer le sort de ces territoires qui, à plusieurs titres, connaissent un moment singulier de leur histoire. Leur population augmente, fruit d'une attractivité accrue aux yeux des Français, encore accentuée par la pandémie. Pour autant, ces villes connaissent des difficultés structurelles importantes, à commencer par le manque de médecins. Autre particularité, elles hébergent une partie importante de l'industrie, enjeu majeur actuel. Sur cette base, l'APVF émet des propositions sur quatre thèmes majeurs : l'amélioration de la vie dans ces villes, le renforcement de leur attractivité, la réussite de leur transition écologique et les moyens nécessaires pour mener à bien l'ensemble de ces projets.


Des trains, de la formation et une gouvernance locale...

L'enjeu de la réindustrialisation, propulsé au cœur des débats publics depuis la pandémie, a ajouté une nouvelle dimension au sujet de l’attractivité de ces territoires. En effet, «70 % de l'emploi industriel se situe dans les villes de moins de 20 000 habitants. Nous sommes le cœur battant de l'appareil productif français», argumente Laurence Porte, maire de Montbard (Côte-d’Or) et membre du bureau de l'APVF. L'association propose donc des mesures destinées à favoriser le développement économique, comme le fait de faire coïncider la carte de la production et celle de la formation professionnelle. Et plus largement, l'APVF en appelle à une politique d'aménagement du territoire volontariste, qui permette de «résorber les fractures.» Par exemple, un fonds national de solidarité territoriale, abondé par l’État et les métropoles, en fonction de leur richesse, pourrait soutenir les petites et moyennes villes. Autre thème majeur : l'APVF fait de l'écologie l'un des axes centraux de ses propositions. «Si l'on veut réussir la transition, elle doit être territorialisée», pointe Christophe Bouillon. À ce titre, pour l'association, l'échelon local devrait être mieux intégré dans la gouvernance de ces enjeux. Par ailleurs, victimes des dérèglements climatiques, les petites villes font également partie de la solution, à condition d'y mettre les moyens... D'après l'APVF, au sein des quatre domaines concernés (agriculture, industrie, transport et logement), les deux derniers nécessitent des actions fortes. L'association propose une série de mesures conçues pour concilier les impératifs de l'écologie, du développement économique et du pouvoir d'achat des citoyens. À commencer par un plan «ambitieux et concerté d'investissement dans le ferroviaire, et notamment dans les petites lignes.» Elle préconise aussi une amélioration de la politique de soutien à l'éradication des passoires thermiques, y compris publiques. «Beaucoup de communes se sont lancées dans des diagnostics thermiques de leurs bâtiments. Mais nombre d'entre elles commencent à déchanter. On s'aperçoit que les travaux sont chers et que les aides arrivent trop tard», alerte Christophe Bouillon. Le dernier train de propositions de l'association porte sur les moyens dont devraient disposer les petites villes, sur le plan financier et de la gouvernance. Avec d'autres représentants de collectivités en France (régions, notamment), l'APVF pose un diagnostic de «recentralisation rampante», durant le quinquennat écoulé. Il faut «retrouver un véritable esprit de décentralisation», plaide Loïc Hervé, sénateur de Haute-Savoie et président délégué de l'association. Laquelle en appelle à une nouvelle loi de décentralisation, des relations financières entre l'État et les collectivités plus équilibrées et responsables, ainsi que la revalorisation de la fonction de maire. L' APVF propose aussi des mesures techniques ponctuelles, à l'image du transfert des déclarations d'utilité publique (DUP) des projets publics locaux et des autorisations environnementales au bloc local.